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Illiliten

 La région des at Yelliten  Bienvenue sur la page d'Illilten
   


A la découverte des Ath yellilten  - Reportage Realisé par Nacer Benzekri

Sur une distance d’environ 20 kilomètres, nous empruntons une route sinueuse et étroite. Le chemin descend, longeant le pied du Djurdjura dont nous découvrons une autre face que nous ne connaissions pas.

Nous traversons plusieurs villages dont Khensous, le village suisse, appelé ainsi à cause d’une cité qui y a été constuite par les Helvètes. Tout au long de notre périple, nous découvrons un paysage, austère, certes, mais d’une inénarrable beauté. Au détour de chaque virage, une image, encore plus belle, s’offre à nous. Plus on s’éloigne d’Iferhounen et que l’on s’enfonce dans cette région montagneuse, plus on se rend compte de l’état d’isolement dans lequel sont confinés ces villages. On ose mal imaginer, qu’il y a peu, les habitants de ces contrées n’étaient reliés à la civilisation que par une piste caillouteuse tracée par l’armée coloniale pour permettre à ses troupes de se déplacer rapidement dans cette région connue pour avoir été un des bastions de la révolution. Au pied de cette majestueuse montagne, se trouve Illilténe, la dernière commune de la wilaya de Tizi Ouzou, avant celle de Béjaïa. A partir du village de Tizit, nous amorçons la montée vers le célèbre col d’Ichelladhen d’où nous descendons vers la vallée de la Soummam. Toute cette étendue porte encore les traces de la Guerre de Libération, comme en témoignent les nombreuses tombes isolées ou les interminables listes de chouhada que l’on trouve dans les monuments érigés dans chaque village. Souvent coupée du monde par les intempéries et l’éloignement, cette commune à 75 kilomètres de la capitale du Djurdjura, est un véritable carrefour vers d’autres wilayas. Elle est limitée à l’Est par Ichelladhen dans la wilaya de Béjaïa et par Thakerboust, au sud dans la wilaya de Bouira. Onze villages, abritant une population de 12000 âmes, agglutinés à flan de montagne, forment l’essentiel de cette commune. La crise de logement commence à se faire sentir et prend de court les autorités, mais ici, la majorité des gens n’attendent point la construction de logements sociaux par l’Etat. Ils préfèrent, pour la plupart, bâtir eux-mêmes leur maison. La formule de l’aide à l’autoconstruction supplante toute autre aide de l’Etat, dans ce domaine. Dans les villages, même loin de la grande ville, nous découvrons des bâtiments ou des villas dont l’architecture n’a rien à envier à celle des grandes cités. Cela démontre aussi que ces villages ne sont pas habités que par des démunis. Comme toutes ces régions oubliées du monde, une bonne partie de la population tire sa subsistance de l’émigration pour certains alors que bon nombre de pères de familles travaillent dans l’Administration et les services publiques, souvent loin de chez eux.( Alger, Tizi, Michelet…). L’agriculture de montagne n’est pas pour autant négligée puisqu’en plus de l’autosuffisance en produits du terroir, les petits paysans tirent un bénéfice pécuniare de la vente du fruit de leurs champs. L’arboriculture prend une place prépondérante dans la vie de ces paysans. Chaque famille cultive son lopin de terre planté de figuiers, grenadiers et autres. Ces dernières années, la production de fiques a connu une baisse vertigineuse. Si les pouvoirs publics ne s’impliquent pas pour la relance de la culture du figuier, nous risquons de perdre ce fruit qui, avec l’olivier a fait la fierté de nos aïeux. Taleh Rabah, le célèbre chanteur natif de Tizi n’a-t-il pas chanté “Thamourth nelkhoukh dherraman”. L’élevage bien que restreint fait partie des traditions de chaque famille qui élève son mouton de l’Aïd et sa chèvre. Ceci n’empêche pas certains éleveurs de s’essayer avec plus ou moins de succés à un élevage avicole, d’autres en revanche font de l’élevage de bovins leur gagne-pain. L’herbe de la montagne, abondante en toute saison, permet de petits élevages et même la transhumance.

L’élevage, un métier par excellence

De Michelet et d’ailleurs, les bovins arrivent pour passer l’été, moyennant finances, sous la garde de bergers, de plus en plus nombreux à s’occuper de la sorte. La surface agricole utile n’est cependant pas très importante vu qu’elle ne représente que 484 hectares, c’est à dire 20% de la superficie totale qui est de 2684 hectares. Une grande partie est recouverte de pierres entre lesquelles pousse l’herbe destinée aux pâturages. Si l’agriculture occupe un certain nombre de personnes. la plupart, les jeunes surtout, souffrent du chômage plus que dans les autres régions. Les unités économiques génératrices d’emploi sont inexistantes. Pour prétendre à un poste de travail stable, en dehors de l’administration, il faut voyager, et ce n’est pas peu dire. La ville la plus proche, recelant des unités économiques est Tizi Ouzou ou Akbou de l’autre côté de la montagne. Le bâtiment, par l’intermédiaire d’entreprises privées ainsi que les chantiers des particuliers, offre de temps à autre des débouchés sans pour cela répondre à la demande sans cesse grandissante de jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi. Face à cet environnement hostile, la population d’Illilten a appris, au fil du temps, à compter sur l’unité d’action de tous ses membres. Grâce à l’organisation des villages sous la direction des comités des sages, la solidarité ancestrale se manifeste spontanément dès que le prochain est dans le besoin. Les dernières neiges nous ont apporté la preuve que cette solidarité est toujours intacte. Des malades, ainsi que des bêtes ont été sauvés grâce à la disponibilité de tous les hommes valides. “Thachemlith”, pour des travaux d’intérêt général qui ressurgissent périodiquement soit pour dégager une route, réparer des biens du village ou tout simplement pour mener à terme un projet, comme c’est le cas actuellement pour la maison de jeunes. Celle-ci, pour rappel, a été surélevée d’un étage grâce aux cotisations des villageois. L’eau de source est abondante dans les ravins, les oueds et dans les fontaines des villages. Ces derniers n’ont pas attendu que l’Etat débloque un budget pour régler le problème de l’eau. Chacune des onze agglomérations composant la commune d’Illilten a mis en place un réseau d’AEP et un captage d’eau, en amont. Le seul village qui a souffert, quelque temps, du manque d’eau en été est Tifilkout. Cependant le calvaire de ses habitants a pris fin lorsque ces derniers ont pris la décision de multiplier les fontaines publiques à l’intérieur du village et ce, grâce au volontariat et à la caisse commune.

Le volontariat pour remplacer l’administration

Le chef-lieuqui comprend les écoles et les Administrations est, paradoxalement, le moins desservi en eau potable. Ce n’est que l’an dernier qu’il a bénéficié d’un projet de construction d’un réservoir d’une capacité de 50 mètres cubes. Les foyers et commerces mitoyens doivent y être raccordés vu que les quantités d’eau de la réserve peuvent le permettre. Cependant, les retards dans la réalisation font que le chef-lieu souffre toujours du manque d’eau.  Dans le cadre de l’hygiène et de la protection de l’environnemnt et afin de lutter contre les maladies à transmission hydrique (MTH), une enveloppe de 500 millions de centimes a été dégagée l’an dernier par l’agence de développement social pour les travaux d’assainissement des onze villages que compte la commune.

Il est important de signaler que vu la proximité des oueds vers lesquels se déverseront, inévitablement les eaux usées, un risque de pollution n’est pas à écarter. C’est dans ce sens que ce projet qui prévoit les prolongements vers les oueds, a pris, en ligne de compte, la réalisation de bassins de décantations.

Bien que tous les villages soient reliés au réseau de distribution de l’électricité, on ne peut pas dire que la commune soit électrifiée à 100%. Beaucoup de foyers, situés en zone éparse, attendent toujours un hypothétique projet d’extension qui les sortira des ténèbres. Seuls les villages de Tifilkout, Tizit, Ath Adella et Iguenfilen bénéficient, pour l’heure, de cette opération, initiée par la direction de la DMI. Ceci demeure insuffisant, dans la mesure où, dans ce relief escarpé, il est difficile à un particulier de prendre en charge seul, les travaux de raccordement de son habitation au réseau électrique.

Par contre, il n’en est pas de même pour le chef-lieu appelé communément “L’Had Ath Illilten”. Celui-ci a, en effet, bénéficié d’un projet d’aménagement  relevant de la direction de l’urbanisme et de la construction. Les travaux concernent la réalisation de l’éclairage public, au centre d’El Had ainsi que l’aménagement d’une piste, sur une distance d’un kilomètre, à partir de la connexion du chemin de wilaya n°253. Ce dernier dessert toutes les pistes des villages et relie Iferhounène à Ichelladhène par Illiltène et permet de se rendre dans les wilayas limitrophes, notamment en hiver lorsque le col de Tirourda est fermé par la neige. Le revêtement dont il a bénéficié, il y a peu, n’a pas tenu et demande déjà à être rafistolé. C’est la seule et unique voie qui permet aux malades urgents de rejoindre l’hôpial d’Aïn El Hammam. Ce qui n’est malheureusement pas possible en toutes saisons. C’est par temps de neige qu’on se rend compte que la réalisation d’une structure sanitaire, capable de faire face aux urgences, est plus que nécesaire. Pour le grand bonheur des jeunes, les Ath Illilten sont gâtés, en matière d’infrastructures de jeunesse. Un centre culturel ainsi qu’une bibliothèque communale de 3 000 ouvrages accueillent régulièrement quelque 400 adhérents, voire plus, en période de vacances.

Une insuffisance de taille, souvent signalée par la population, est celle de l’inexistence, jusqu’à un passé récent, d’un centre de formation professionnelle. Les rejetés du système scolaire étaient contraints de se déplacer jusqu’au CFPA d’Iferhounène pour subir une formation. Nous apprenons qu’une subvention de 450 millions de centimes a été allouée pour aménager des locaux afin d’y installer une annexe qui vient d’ailleurs d’ouvrir ses portes. Celle-ci devrait, dans un premier temps, dispenser des formations en informatique, en couture, en tissage et en comptabilité. Malgré toutes les insuffisances, et elles sont nombreuses, Ath Illilten continue à faire face aux situations les plus difficiles comme ils ont eu à souffrir durant la Guerre de Libération. Ils continuent à rentrer, pas à pas, dans le nouveau siècle. Ils sont décidés à faire d’Ath Illilten une commune moderne en pleine montagne où, comme ne cesse de le répéter Taleb Rabah, se mêleront “Itij, avehri dh waman”. Avec leur courage et leurs potentialités, ils y arriveront sans aucun doute.

 

Source depêchedekabylie - Par Nacer Benzekri



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