Un nouveau spectacle scénique, intitulé Win-na, a été présenté, ce week-end, en one man show, par le comédien Mokrane Aggoune qui, pour la circonstance, s’est drapé également dans les habits d’auteur et de metteur en scène.

 

Il faut dire, d’emblée, que la pièce, une décapante tragi-comédie, a manifestement plu, comme en témoigne le standing-ovation qui lui a été réservé par le public, à la fin de la présentation.

Mieux, Aggoune, qui signe là, indéniablement, une ŦAcirc;?uvre de qualité, a été rappelé, plusieurs fois en scène, en signe de gratitude pour la richesse de son texte (déclamé intégralement en kabyle), la corrosion de son humour et toutes les émotions, de peine et de joie, qu’il a su distillées.

La pièce, en effet, est une furieuse chronique qui dépeint les tribulations d’un narrateur de blagues, rattrapé par ses propres turpitudes. Au lieu de faire rire, il est happé dans un système où l’humour n’est pas apprécié à sa juste fonction sociale, mais intégré dans une approche maléfique et de sédition, si bien qu’il finit par subir les foudres les plus inouïes et les brimades les plus viles Â? y compris aller en prison. Sa cocasserie des scènes, sa dérision du verbe et sa furie des comportements sont tissées dans une telle causticité, que la violence du texte finit par se tempérer et s’adoucir.

En fait, Aggoune n’est pas mû par un quelconque souci d’éviter le "choc" à la manière d’un conte onirique, en alternant le délire d’une peur incompressible, et la violence des images du vécu. La transition entre le rêve et la réalité est justement, voire savamment assurée par l’humour. Elle est utilisée comme fonction thérapeutique.

?vrai dire, Aggoune, pour son scénario, ne recourt pas à l’imaginaire, mais se contente de dérouler des scènes puisées d’un vécu dont il a connu, lui-même, les affres. Pour rappel, en juin 2000, un des comédiens de la troupe théâtrale qu’il dirige a été arrêté et traduit en justice pour le simple fait d’avoir raconté une blague. Il a été incarcéré. Et n’était-ce la mobilisation des villages de Aïn El-Hammam, où se donnait un spectacle en hommage à feu Makhoukh Boubekeur, il n’aurait jamais été, peut-être, relâché.

En tout cas, l’incident a bouleversé plus d’un et mis à mal des tas de certitudes sur la démocratie en Algérie. La preuve matérielle, qui manquait peut-être à certains âmes crédules, venait d’être livrée. Et peut-être avec la matière, pour faire une montagne en épingles, Aggoune, artistiquement, l’a fait avec brio. En voyeur impénitent de la société et du système politique, qui le sous-tend, il en livre les excès, les complicités, les lâchetés et les humeurs. On a déjà hâte de repartir.

Sources : Lounis Dahmane de Liberté - 29/07/2002