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FADHMA SUMER : son combat de durant la période coloniale française
- Par Admin Tifilkout.com
- Publié 08/7/2007
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FADHMA N’SUMER : son combat de durant la période coloniale française
Conférence-débat organisée par le C.E.R.A.K. à la Maison des Associations de Pairis 12eme le 21 mai 2006
Animée par Mohand HAROUZ (Enseignant et chercheur d’Histoire)
Résumé
Il faut dire d’emblée que depuis 1830, l’armée coloniale française a mené une polifut différente de celles menées en Tunisie et au Maroc considérés comme des protectorats - il suffira que la terre soit aux Français,la main d’œuvre restera néanmoins indigène. En faisant de l’Algérie une colonie de peuplement, la France mena une politique d’effacement des cadres économiques et politiques traditionnels. A ce sujet, il est important de de signaler que l’histoire de cette colonie à ce moment est largement celle de l’insurrection des tribus villageoises et montagnardes. Pour conserver leurs biens et s’opposer notamment à l’expropriation de leurs terres par la colonisation.
Le général Bugeaud restera sept ans gouverneur général de l’Algérie. Grâce au long ministère - Soult-Guizot -. Il obtint tous les moyens qu’il demanda et les effectifs atteindront cent huit mille hommes en 1846 auxquels se joignirent aussi dix mille indigènes. Lorsque le 2 Décembre 1851 Loouis Napoléon alors président de la République Française renversa la deuxième République à la suite d’un coup d’Etat, celui-ci rétablit l’ empire et en occupa le trône sous le nom de Napoléon III. Pour calmer l’appréhension des républicains qui s’agitaient, il adopta et lança la devise : « l’Empire c’est la paix . » Mais ce n’était qu’un leurre car l’étude de son règne a montré qu’il avait plutôt recherché la gloire et l’immortalité. Après la défaite de l’Emir AbdelKader en 1847, deux chérifs vinrent résister en Kabylie :Si Mohamed EL Hachmi et Bou Baghla.
Le premier a participé à l’insurrection menée par Boumaàza dans la région du Dahra en 1847. En 1849,FADHMA N’SUMER soutint le soulèvement de Lemdjad Ben Abdel malek dit Bou Baghla (l’homme à la mule) venu de la Kabylie des Babors pour combattre durant plus de quatre ans les troupes du général Randon. Selon E. Perret : Fadhma N’Sumer à côté des femmes des Illilten, se précipita plusieurs fois ,vêtue d’un haîk rouge, au milieu des combattants. BouBaghla fut atteint d’une balle du 3ème Zouave et passa tout sanglant à côté de Fadhma quand elle s’écria : Chérif,ta barbe ne deviendra jamais du foin…
De même, le biographe de Bou Baghla nota que cet infatigable résistant fit trembler l’armée d’occupation coloniale durant quatre longues années, de 1850 à 1854. Lorsque la bataille de « Tachekirt » éclata les 18 et19 Juillet 1854, l’assemblée de Soumeur (autorité politique du village) chargea Fadhma et son frère TAHAR de désigner les « Imseblens »(volontaires de la mort ) venus de nombreux villages de la contrée du Djurdjura tels que At Irathène, Illilthène, Ath Itsouregh, Illoula Oumalou, etc. Avec un contingent de treize mille hommes des divisions « Maissiat et Mac Mahon », les troupes coloniales françaises n’arrivèrent pas après deux jours de rudes combats à soumettre la Kabylie. A cette occasion, certains journaux parisiens raillaient le général Randon en disant que son incapacité à soumettre cette région lui coûta son bâton de maréchal.
D’ailleurs, il ne l’obtint qu’en mars 1856. Après la victoire de Bou Baghla sur le général Randon, Sumeur et les villages environnants retrouvèrent leur indépendance.
Le 24 Mai 1857, le maréchal-gouverneur Randon a décidé de changer complètement de stratégie. Et de donner à la zone montagneuse un fort coup de boutoir dans une opération d’ensemble de très grande envergure. Il faut noter en substance que l’armée chargée de conquérir la Kabylie en 1857, écrit E. Perret, comptait environ trente cinq mille hommes. Formée de troupes empruntées aux trois provinces de l’Algérie, elle était la plus considérable qui eût jamais été réunie dans l’Algérie française. Après l’occupation de Larba Nat-Irathène le 25 Mai 1857 par les FRançais, les autres régions de la Kabylie s’inclineront devant des forces ennemies très supérieures en nombre.
Il faut remarquer que la victoire remportée à Larbàa Nath Irathène(LNI) fut célébrée à Paris dans l’enthousiasme et l’allégresse générale. De même, les félicitations adressées aux héros de cette expédition furent prononcées par Napoléon III en personne dans un discours enflammé au cours duquel il glorifia le sacrifice et la bravoure de l’armée impériale. Le Maréchal Randon, désireux de témoigner sa gratitude à l’empereur ,débaptisa la cité et la nomma Fort - Napoléon. » Mais en 1870, après la défaite française face à l’armée prussienne de Frédérick Guillaume 1ER et de Bismark, elle deviendra Fort National sous la IIIème République.
Il ne faut pas oublier cependant que lors de la célèbre bataille d’Icherridene qui avait duré plus de deux mois, Fadhma N’Soumer décida de former un noyau de résistance dans le hameau de Takhlidjth Nath Aatsou près de Tirourda. Le 11 Juillet 1857, l’héroÏne fut arrêtée par le général Yusuf et conduite au camp du maréchal Randon situé à Tamezguida. Elle fut ensuite transférée à la Zaouia de Béni Slimane puis à la prison de Tablat où elle mourut en Septembre 1863. Elle n’avait que trente trois ans.. Son nom demeura vivace en Kabylie où de nombreux chants et poésies populaires perpétuèrent son combat héroïque ; faisant d’elle un symbole de la fierté et de la résistance à la colonisation…..
Conclusion
A l’instar de Louise Michèle , d’Olympe de Gouge et de tant d’autres, le combat de Fadhma N’Soumer se poursuit chaque jour sous nos yeux ,contre vents et marées par des femmes vaillantes et déterminées, fierté de notre peuple. De même, le combat pour le message de Fadhma N’Soumeur est celui qui enjoint à la femme de lever la tête et de lutter sans trêve ni merci pour abolir le statut discriminatoire dans lequel elle est enfermée, et pour briser définitivement l’étau des préjugés millénaires qui veulent la maintenir sous domination dans une situation perpétuelle de soumission, sinon de servitude.
Résumé des interventions par Hocine BENHAMZA
Fadhma N’Soumer n’a jamais été un chef de guerre. Elle a apporté un puissant soutien moral aux guerriers qui se sont battus pour préserver l’indépendance de la Kabylie.
Elle a assisté aux combats sans y participer militairement. A la tête d’un groupe de femmes, en retrait de la ligne des combattants, elle stimulait leur courage par sa présence. Des auteurs français témoins de la dernière bataille, celle d’Icherridene, le 28 juin 1858, racontent que les guerriers kabyles s’étaient abrités dans des tranchées. Pour ne pas céder à la tentation de fuir, ils s’étaient liés les uns aux autres par les mollets. Derrière les tranchées, une ligne de bâts d’ânes indiquait la limite à ne pas franchir sous peine de déshonneur. Les Kabyles se sont battus jusqu’à la dernière cartouche. Les Français les ont exterminés sur place à la baïonnette. Fadhma N’Soumeur réussit à s’échapper avec ses compagnes. Elle sera arrêtée le 11 juillet 1858 à son domicile, en présence de nombreuses femmes réfugiées chez elle.
Fadhma N’Soumeur, prisonnière à Sidi Slimane dans la commune de Tablat, y mourra de maladie en 1863 l’âge de 27 ans. Aucun pèlerinage n’eut lieu sur sa tombe, ni avant ni après 1962.
Son nom sera immortalisé pour la première fois par une chanson kabyle dans les années 1970. Dans les années 1980 ses cendres seront transférées au cimetière d’El Allia.
L’héroïne s’est-elle battue pour l’autonomie de la Kabylie ? Non, parce qu’à son époque la Kabylie était indépendante. J’ai eu entre les mains une carte de géographie établie par les Français en 1848 : elle portait la mention Kabylie indépendante.
Les Kabyles ont-ils résisté aux Français au nom de l’islam ? Non. Les Kabyles ont repoussé également les tentatives de pénétration en Kabylie par les Turcs qui étaient eux aussi musulmans. Les Kabyles se sont battus pour leurs terres, leurs familles, leur honneur.
Les insurrections de 1871 ont été de deux sortes. L’une, suscitée et dirigée par Mokrani a été motivée par son refus de renoncer aux privilèges que les Français lui avaient accordés et aux humiliations subies. Mokrani avait été abaissé du rang de Khalifa à celui de bachagha. Les Français avaient reconnu son autorité sur ses compatriotes. Il y a eu aussi un litige à propos d’argent avancé par Mokrani lors de la famine de 1867 et que les Français refusèrent de lui rendre (voir le livre de Charles Robert Ageron.)
Mokrani s’est révolté. Il a été tué au combat. Là-dessus s’est greffée une insurrection populaire sous l’impulsion de Cheikh Aheddad, chef de la confrérie Rahmania, la seule qui pouvait mobiliser l’ensemble des montagnards. C’est à cette époque que se situe l’action des premiers volontaires de la mort, les imseblene (les auto sacrifiés.) La veille de l’attaque de la caserne de Fort National, ils répudiaient leurs femmes pour ne pas en faire des veuves Recouverts d’un linceul, ils s’allongeaient sur le sol et on récitait sur eux la prière des morts. A l’aube, ils ont accoté des échelles contre les remparts de la caserne de Fort National, armée de canons, et ils ont été hachés par la mitraille. Pour perpétuer leur souvenir, nous (les jeunes nationalistes) chantions dans les années 1940 Ac’hal guemseblene, selevsa imedlene degwene herran’d azeka.
(Que de volontaires de la mort, enterrés tout habillés En vous ont conquis une tombe.)
La chanson s’intitulait « Essalam ayidurar et’murt enegh (Salut aux montagnes de notre pays.).
On ne peut évoquer ces paroles sans une intense émotion.
En 1858 et 1871, les Kabyles se sont-ils battus pour l’indépendance de l’Algérie ? Non. Ils se sont battus pour libérer la Kabylie. A cette époque, l’Algérie en tant que patrie n’existait pas. La première tentative nationale, coordonnée (et réussie) est celle de 1954. Rappelons qu’en 1954 il n’y a pas eu un appel au djihad de masse (qui aurait été vite noyé dans le sang) mais une guerre de partisans inspire, entre autres, de la résistance espagnole à Napoléon Ier et de la résistance française aux Allemands de 1940 à 1945
Pourquoi les Français, après bien des années de tergiversations, ont-ils fini par attaquer la Kabylie ? En France, deux tendances s’opposaient. Pour l’une, la guerre coûtait cher. Il valait mieux s’entendre avec les Kabyles et faire du commerce avec eux. Alexis de Tocqueville était de cet avis. Il avait été frappé par l’esprit démocratique des Kabyles (voir à ce propos le livre « L’Algérie assassinée » pages 21 et 22.) Pour l’autre, si on voulait conserver l’Algérie il fallait l’occuper en entier, ne pas commettre l’erreur des Romains qui s’étaient contentés d’une occupation restreinte, délimitée par une ligne de fortifications, le limes. Les principaux partisans de la conquête totale étaient Randon et Bugeaud. Leurs thèses ont prévalu.
Pour en venir à une période récente, j’ai constaté la persistance de l’esprit de résistance au cours d’un entretien avec Yaha dit Si Elhafid qui fut le chef militaire du F.F.S en 1963 et 1964. Je l’ai rencontré au village de Takhlidjt Nath Atsou (lieu de naissance de Fadhma N’Soumeur) où il s’est retiré après son retour d’exil en France. Dès 1994, au plus fort de la révolte islamique, il a organisé un groupe d’autodéfense. Il avait dit aux responsables de la Gendarmerie algérienne : « Pendant le jour, vous pouvez venir au village à votre guise mais de nuit nous tirerons sur tout étranger au village, qu’il soit un islamiste ou un gendarme.
A propos de Tahar Oussedik
M. Oussedik a publié des brochures sur Fadhma N’Soumeur, Ahmed Oumeri, Arezki el Vachir. A propos d’Oumeri, il a quelque peu falsifié l’histoire. Il présente ce bandit d’honneur comme un nationaliste. C’est faux. Krim Belkacem qui tenait le maquis en Kabylie avait demandé à Oumeri de se joindre au maquis nationaliste. Oumeri lui a répondu : « Vous collectez des cotisations chez les pauvres pour financer votre parti. Moi, je rançonne les riches et je distribue l’argent aux pauvres. Je refuse de me joindre à vous. »
Pour en revenir à Fadhma N’Soumeur, il est regrettable que tout ce qui la concerne ait été écrit par des Français. De notre côté, comme l’a dit le conférencier en introduction à sa conférence, il ne faut ni tomber dans l’hagiographie, ni voir le passé avec les yeux du présent.
Certains se sont demandés si Fadhma N’Soumeur a lutté pour la libération de la femme. Ses parents l’ont mariée avec un homme dont elle ne voulait pas. Peu de temps après, elle est retournée vivre chez eux mais son mari a refusé de la répudier pour l’empêcher de se remarier. Fadhma n’a pas contesté l’autorité parentale.
Cette pratique attentatoire à la liberté des femmes s’est perpétuée en Kabylie. Comme le droit actuel de la famille limite les cas où la femme peut demander le divorce, comme les mariages forcés se pratiquent encore, il reste beaucoup à faire pour la libération des femmes.
En définitive quelles qu’aient pu être les motivations de Fadhma N’Soumeur, elle mérite d‘être appelée « La Jeanne d’Arc du Djurdjura. »
Mohand Imazatene- Source Kabyle.com
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