Mourad Karouf ancien défenseur de la JSK
“C’était grâce à Matoub que nous avons remporté la Coupe d’Afrique en Zambie”

Né le 27 décembre à Tizi-Ouzou, Mourad Karouf était un pur produit de l’école de la JSK. Il a fait toutes ses classes au club. Il a réussi à se faire un nom grâce à son sérieux et son travail. Il a été forcé de quitter le club de son cœur à l’âge de 25 ans, pour évoluer dans plusieurs autres clubs. Cette année, il est revenu par la grande porte où il assume la fonction d’entraîneur des juniors avec le club phare du Djurdjura. Il nous relate dans cet entretien son parcours et son passage avec les Canaris.


La Dépêche de Kabylie : Si on commençait par la fin, comment évaluez-vous les juniors de la JSK cette saison ?

Mourad Karouf : Je dirais que le bilan est plus que positif, étant donné qu’on a réussi à donner à l’équipe seniors cinq bons joueurs et pas des moindres. Puisque, avant la fin de la saison, Belkalem a réussi à prouver son talent en équipe fanion, et ces derniers jours, quatre autres joueurs, ont accédé au palier supérieur et qui auront leurs mots  à dire la saison prochaine. Je profite de l’occasion pour rendre un vibrant hommage à tous les formateurs du club.

 

Donc, vous avez  pris en main les juniors cette saison ?

Effectivement, j’étais à la barre technique des juniors au début de la saison écoulée. Je suis détaché par la direction de la jeunesse et des sports à la JSK, puisque j’ai eu mon poste budgétaire  comme  éducateur sportif à la DGS. Je vous signale aussi que depuis mon retrait comme joueur, je me suis orienté vers la formation, puisque j’ai eu mon diplôme de 1er degré et aussi celui d’éducateur sportif.

 

A votre avis, l’expérience ne suffit pas pour être entraîneur ?

 Absolument, je vous parle en connaissance de cause, certes pour mon cas, j’ai joué pendant presque 15 ans dans le haut niveau, mais ça ne suffit pas. Au contraire, j’ai beaucoup appris des formations que j’ai faites, c’est pour cela que je dirais qu’il faut absolument en plus de l’expérience comme joueur, une formation dans le domaine. J’ai remarqué qu’il y a beaucoup de parasites dans l’environnement du football, alors laissons les connaisseurs du métier travailler


Si on revient à vos débuts dans le football ?

Comme tout jeune de mon époque, j’ai commencé à taper dans le ballon très jeune dans le quartier, mais le premier sport que j’ai pratiqué en club, c’était le handball, j’ai même joué à l’ASTO pendant six mois.

Malgré que je n’aimais trop ce sport à l’époque, mais je l’ai pratiqué à cause de mes copains de quartier, qui ont intégré les minimes de l’ASTO en section de handball, mais par la suite, quand j’ai appris qu’il y a une sélection à la JSK, je me suis présenté et j’étais pris, c’est à partir de là, que j’ai débuté ma carrière de footballeur soit en 1979.

 
Et vous avez fait toutes vos classes à la JSK?

J’ai fait trois ans en minimes, deux ans en cadets et trois ans en juniors. Au début, j’étais pris par Hamid Smail,  qui m’a vraiment donné une base solide en catégorie cadette. J’étais sous la houlette de Moh Younsi qui a fait lui aussi un travail énorme. En junior, l’entraîneur était Salah Yousfi  qui nous a mis dans l’ambiance des seniors, d'ailleurs, c'était l'entraîneur qui m'a le plus marqué, car dans notre génération, il y avait pas mal de joueurs qui ont fait de grandes carrières. A l’image de  Meftah, Hamaned, Aït Abderrahmane, Ben Kaci, donc tout cela est le résultat de la bonne formation.

 

Vous vous souvenez de votre premier match avec les seniors ?

Mais bien sûr, j’ai commencé à m’entraîner avec les seniors en 1987/1988, mais je n’ai  intégré l’équipe fanion qu’en 1988/1989 et bien entendu, j’étais remplaçant donc je faisais rarement des apparitions. Alors, mon premier match c’était contre l’ASM d’Oran où nous avons perdu par un but à zéro.

Je peux, vous dire aussi qu’à cette époque c’était vraiment difficile d’être titulaire dès votre première saison en seniors et à mon avis c’est quelque chose de bien pour un joueur de rester sur le banc car vous apprenez beaucoup de choses. J’ai passé donc ma première année comme remplaçant ensuite avec le travail, j’ai pu décrocher un poste de titulaire et je profite de l’occasion pour remercier Amara, Adghigh et Haffaf qui m’ont beaucoup aidé dans mes débuts en seniors car j'ai gagné avec eux en maturité.

 
Quelle était l’ambiance qui régnait au sein du groupe à l’époque ?

C’était tout simplement une ambiance extraordinaire, on était une vraie famille, ce qui nous intéressait le plus, c’est la JSK et les couleurs du club, d’ailleurs, on aimait tellement la JSK, qu’on jouait par passion et on ne savait même pas si on a signé de contrat ou pas, il y avait la confiance entre nous, les joueurs et les dirigeants.

Vous avez passé des moments forts avec la JSK quels sont ceux qui vous  sont restés en tête ?

C'était la finale retour de la Coupe d'Afrique des club champions en Zambie, je n'oublierais jamais l'apport du défunt Matoub Lounès dans cette consécration. A l'époque, la JSK vivait de grands problèmes internes entre deux clans ; après notre petite victoire en match aller par un but à zéro. On est parti en Zambie avec un moral à plat, je me souviens que Matoub a pris l'initiative de nous parler pendant la réunion que nous avons tenu une semaine avant le match ; ce sont des paroles qui sont restées gravées jusqu’à ce jour, il nous a encouragé et surtout incité à oublier tous les soucis et ne se concentrer que sur le match. D'ailleurs, quand il parlait, nous avions la chair de poule et juste après la réunion, c'était tout le monde qui a retrouvé l'envie de jouer, Dieu merci, on a réussi à remporter la coupe, et je le répète, c'était garce au défunt Matoub Lounès auquel on a dédié le sacre à l'époque.

 

En évoquant Matoub, racontez-nous qu’elle était sa réaction après votre départ vous et Karim Doudène à l'US Chaouia en 1995 ?

Sincèrement, il était hors de lui. Il a tout fait pour nous en empêcher, d'ailleurs le matin de notre départ, il a appelé le père de Karim pour lui dire qu'il fallait empêcher son fils de partir, ensuite, il nous a pris dans sa voiture et on a passé toute la journée ensemble pour nous faire rater notre vol qui est prévu à 14 h.

Effectivement, nous sommes rentrés à Tizi-Ouzou  vers 17 h mais dans nos têtes, la JSK, c’était fini, on s'est rendu par route à Oum El-Bouagui, le soir-même et on a signé notre licence avec L'US Chaouia.

 
Pourquoi avez-vous quitté la JSK ?

Juste après la coupe remportée face à Aïn M’lila, le fossé commençait à se creuser entre moi et l'entraîneur, mais malgré cela, j'ai repris les entraînements avec la club mais j'ai remarqué que les choses n’allaient pas bien, alors, j’ai décidé de partir.

 

Ne pensez-vous pas, que l'affaire dit Karouf a influencé négativement votre carrière ?

Peut-être, mais je dirais que la presse de l'époque à trop médiatiser et même gonfler ce problème que je préfère dire “administratif”. D'ailleurs, à l'époque, ils ont fait un sondage sur les personnes les plus médiatisées de l'année, et j’étais le premier en tête avec... Ali Kafi qui était présidant du HCE, alors vous imaginez l'impact de tous ça sur le moral d'un joueur qui est en réalité innocent puisque comme je l'ai dit tout à l'heure, c'était un problème administratif.

 

Après votre départ de la JSK, vous avez évolué dans plusieurs clubs ?

Après mon départ, j'ai opté pour L'US Chaouia pour une saison. Il y eut ensuite  l'USM Blida, Bordj Menail, Tébessa, Béjaïa, Batna et enfin Bouira où j'ai signé pour deux saisons et la dernière comme entraîneur-joueur, c'était en 2001/2002

 

Vous avez connu plusieurs clubs, quelle est la différence entre ces derniers et la JSK ?

On ne peut pas parler de différences car la JSK les dépasse de loin sur tous les plans, mais je dirais que la chose essentielle à la JSK c'est l'adaptation, et je trouve que c'est le club le plus adéquat pour qu'un joueur puisse évoluer à l'aise, je te parle de mon cas. Dans la plupart des clubs, on t'exploite, mais à la JSK tu t’intègres rapidement, malgré qu'a l'extérieur il y a la pression du public qui est légitime puisqu'ils sont habitués aux titres mais au sein du club, c'était comme une famille, la preuve, il y avait pas mal de joueurs qui sont venus à la JSK, et qui se sont faits des noms et même des carrières professionnelles.

 

Durant votre carrière qui est l’entraîneur qui vous a le plus marqué ?

En jeunes, c'était Salah Yousfi, en senior c'est incontestablement Meziane Ighil avec qui j'ai eu la chance de travailler en équipe nationale et à l'USM Blida ; en plus de sa méthode de travail, il était un grand pédagogue. Je dirais qu'il était l'un des meilleurs entraîneurs de notre époque.

 

Un mot pour conclure ?

Je demande à tous les acteurs de notre football de veiller sur la promotion du sport-roi dans notre pays et privilégier  la formation et surtout, inculquer à nos jeunes la discipline et le travail. Quant aux supporters de la JSK, je leur souhaite de tout cœur du bonheur et de la joie et d’être toujours derrière leur club, en souhaitant que les années dorées de la JSK reviennent.



source ladepechedekabylie.com