« C’est un village typique de l’habitat rural méditerranéen par sa situation sur un « éperon ». La vie n’y est sans doute pas très différente de celle que l’on pouvait rencontrer un siècle plus tôt sur les bords de tout le bassin méditerranéen. Cependant, c’est à 150 m de ce village que j’ai vécu près de sept mois..
« C’est un village typique de l’habitat rural méditerranéen par sa situation sur un « éperon ». La vie n’y est sans doute pas très différente de celle que l’on pouvait rencontrer un siècle plus tôt sur les bords de tout le bassin méditerranéen. Cependant, c’est à 150 m de ce village que j’ai vécu près de sept mois. C’est là que j’ai découvert la rude vie des montagnards kabyles, où la faim n’est pas loin, et où la société moderne n’a pas modifié les anciens usages et coutumes. En 1961, le village est très peuplé, car il abrite des personnes déplacées » Ce sont là les phrases d’un soldat français, chasseur alpin pour décrire sommairement la vie dans sa simple expression, primitive aux yeux de cette puissante coloniale développée et injuste en même temps pour ce peuple sortie de la légende des siècles.
Ajourd’hui le village ne ressemble plus à ce qu’il était il y a 50 ans. Cela, vous diriez, est tout à fait normal puisque les choses ont depuis, beaucoup évolué. Moi j’ajouterai, si vous le permettez, dans quel sens, en mettant un point d’interrogation, toujours avec votre permission.
En plus de ses habitants propres, il y a de ceux des villages avoisinants qui sont venus s’y installer. Les raisons sont multiples. Nous ne citerons que la recherche d’un emploi qui semble pourtant aussi pénible à trouver que dans les fonds fins des ravins escarpés où se dissimulent depuis la nuit des temps ces villages éparpillés ….Tikilsa , Taourirt , Ait Ali OUAYAHIA ,Mnea , Ait Ouatas , Tifilkout , Zoubga, Soumer ,Tirourda. A cet égard, Iferhounene, géographiquement semble jouer le chef d’orchestre dans cette symphonie de villages.
Les activités socioéconomiques de l’Administration étatique : mairie, daïra, hôpitaux, lycées et dans un passé éloigné, le souk el fellah, la capcs, la sempac,ne pouvaient venir à bout d’une population qui croit vite et qui est livrée à elle même , sont à ce titre trop maigres pour l’occuper et lui assurer la nourriture quotidienne.
Il y a aussi quelques artisans, essentiellement des ferronniers, des menuisiers. Mais le plus gros reste les alimentations générales, les boucheries et les marchands de linge de toutes sortes. Qu’à cela ne tienne, le chômage, dans cette région donne des signes criards, et nous livre cette triste impression de régner en maître absolu. Pour s’en rendre compte, il vous suffit d’observer les déplacements presque au hasard des citoyens de ce douar, autrefois vénéré, LES ATH YETSOURA,, et les longues files de stationnement des fourgons qui nous suggèrent ironiquement qu’ils sont alignés là comme pour inviter l’esprit des jeunes montagnards candidats au mieux à l’exil , au pire au suicide , pour quitter définitivement cet horizon fermé.
La visite du chef du gouvernement dans cette localité enclavée, remonte à une époque lointaine, et le rythme de développement n’a depuis pas changé. Hormis l’artisanat traditionnel, en phase de balbutiement, aucune autre activité n’est à signaler. Au contraire , certaines professions libérales tentées de s’ y accrocher , comme les avocats , les bureaux d’études et d engineering , les dentistes , les entreprises , les librairies , ayant vite compris que le marché n était pas porteur, se sont empressées de fermer boutique. A Iferhounene, l’état a beaucoup à faire, Pour ne pas dire que tout reste à faire, pour lui, tant la région est naturellement loin d’être gâtée par Dame nature. L’agriculture, limitée aux arbres fruitiers, obéit aux caprices de la météo, et est mise à rude épreuve par le décalage des saisons. Nous sommes à plus de 1000 mètres d’altitude, l’hiver s’installe furtivement et la neige guette, pour étouffer de son épais tapis blanc les embryons de fruits qui aident le rustique kabyle à vaincre la faim. Passons sur les énergies dépensées pour se procurer vivres et moyens de chauffage pendant ce temps que dure cette saison glaciale, brumeuse et stressante. Les malades quant à eux, peuvent attendre que le sol se déshabille de son manteau blanc pour permettre aux véhicules à quatre roues de pouvoir enfin reprendre leur piste sans faire du surplace ou du patinage sur glace.
L’hiver passé, le printemps habille le relief de son habit verdoyant, mais cette mine grise va-t-elle enfin quitter ces visages des quinqui genti ? On attend l’été, quand le soleil brûlant vous réchauffe les os pour sortir de cette léthargie, et tenter de l’atteindre en escaladant le pic du zénith. C’est l’inespérée, unique, mémorable, lénifiante occasion qu’offre AZRO N T HOR, le Pic du Zénith, aux jeunes filles pour rêver de leur nuit nuptiale. Quant aux jeunes males, ils continueront à voyager dans leur rêve, aveugles devant la beauté de nos femelles.