Aït Idir a été libéré mardi par les autorités américaines, en compagnie de deux autres anciens détenus bosniaques d’origine algérienne.

«Terrible». C’est le terme qu’a utilisé Mustafa Aït Idir, un des cinq ex-détenus d’origine algérienne libérés en novembre dernier par la justice américaine, pour qualifier les conditions dans lesquelles ils étaient détenus dans la prison de Guantanamo.
En effet, dans un entretien avec l’Agence France Presse (AFP), l’ex-détenu, visiblement traumatisé par son séjour de près de sept années, a indiqué, deux jours après son retour en Bosnie, pays dont il possède la nationalité, que «personne ne peut imaginer combien c’était terrible. Même le diable n’aurait pu créer un endroit aussi mauvais». Dans son entretien téléphonique avec l’agence de presse, M.Aït Idir a assuré avoir été interrogé et battu plus de 500 fois pendant son incarcération par ses geôliers qui utilisaient, selon lui, des gaz lacrymogènes.
«Les gardiens avaient l’habitude de venir en groupe de six ou sept et utilisaient d’abord des pulvérisateurs à gaz, et c’est alors que le tabassage commençait», a-t-il révélé.
«Une fois, j’ai vu un docteur en compagnie des gardiens. Il désignait certains endroits sur le corps et disait: Frappez-le ici. Après le tabassage, il n’y avait pas de marques de coups visibles sur le corps, mais on avait tellement mal qu’on ne pouvait pas bouger», a-t-il ajouté pour dénoncer la complicité des autorités américaines dans cette torture, en l’accusant d’avoir systématiquement battu des prisonniers de Guantanamo tout en s’efforçant de dissimuler les traces de coups.

Il a également indiqué que les prisonniers étaient constamment humiliés par les gardiens de la prison. «Ils injuriaient nos familles, notre religion, notre Dieu», s’est-il souvenu.
Aussi, le fait de se voir refuser de connaître les motifs de sa détention depuis le jour de son arrestation, était selon lui, un autre supplice qu’il a dû subir.
Cet informaticien de profession avait été arrêté fin 2001, avec cinq autres résidents bosniaques, d’origine algérienne, par les autorités de Sarajevo qui les soupçonnaient de préparer un attentat contre l’ambassade des Etats-Unis en Bosnie.
Les six hommes avaient ensuite été transférés en janvier 2002 vers le camp de détention de la base navale américaine de Guantanamo. L’un d’eux est encore détenu à l’heure actuelle. Après sept années de torture et d’humiliation, M.Aït Idir a été libéré mardi par les autorités américaines, en compagnie de deux autres anciens détenus bosniaques d’origine algérienne, Mohamed Nechla et Hadji Boudella, pour rejoindre son épouse à Sarajevo. Il s’agit des premières libérations du camp de détention de Guantanamo, effectuées sur ordre de la justice par l’Administration Bush. Cette décision a été prise le 20 novembre dernier par un juge fédéral de Washington qui a estimé que les cinq Algériens emprisonnés à Guantanamo étaient détenus de manière illégale.

Source lexpressiondz.com Par Yasmine ZOUAGHI