Nous arpentons donc avec beaucoup de prudence « les chemins qui montent », sinueux et étroits, bordés de part et d'autre de pins, de sapins et même par endroits de figuiers de barbarie. Quelques taxis clandestins habitués du trajet long de 19 kilomètres qu'ils connaissent au moindre virage, que ni la neige, encore moins le froid qui couvrent les hauteurs n'effraient, nous doublent en cours de route...
Nous arpentons donc avec beaucoup de prudence « les chemins qui montent », sinueux et étroits, bordés de part et d'autre de pins, de sapins et même par endroits de figuiers de barbarie. Quelques taxis clandestins habitués du trajet long de 19 kilomètres qu'ils connaissent au moindre virage, que ni la neige, encore moins le froid qui couvrent les hauteurs n'effraient, nous doublent en cours de route. Il est 9 heures et quelques poussières. Un peu trop tôt pour voir du monde.A mesure que nous prenons de l'altitude, la température baisse sensiblement. L' «odeur» limoneuse de la neige n'est pas loin. Un coup d'oeil « vers le bas », nous permet d'admirer une vue imprenable sur la ville des roses légèrement blottie dans l'immense étendue de plaine de la Mitidja merveilleusement éclairée par l'astre diurne qui s'est imposé au milieux de quelques bribes de nuages volants.
Une brève halte s'est imposée d'elle-même quelques centaines de mètres plus haut alors que nous venions de croiser les premières personnes sur notre chemin. Des gardiens d'engins appartenant à une société de travaux publics « garés » sur le côté de la chaussée improvisée en parking, qui venaient tout juste d'allumer un feu de camp pour se réchauffer. Renseignements pris, l'engin chasse-neige venait de passer. C'est rassurant pour nous d'autant plus que les premiers amas de la poudreuse apparaissent déjà au tournant. La vigilance qui nous a été recommandée se fait sentir. Plus que jamais décidés à aller jusqu'au bout de l'aventure, nous avons minimisé les risques auxquels nous serions confrontés, nonobstant le verglas qui a repris ses droits. Nous fonçâmes donc sur notre objectif avec une nonchalance avérée.
Au lieu-dit les châtaigniers, une enseigne indique « aire de repos », trois Garde communaux, transis par le froid, veillaient au grain dans un silence olympien. Deuxième « rassurance ». La neige s'amplifie au fur et à mesure que nous égrenons les virages. Premier couac au PK 12. Notre chauffeur a dû ralentir la cadence lorsque nous avons croisé un convoi militaire -une troisième « rassurance »- La voiture ne pouvait plus avancer, stoppée net par le verglas devenu plus épais. Nous dûmes la pousser pour qu'elle puisse redémarrer. Le chauffeur nous a laissé sur place. Loin de nous décourager, « l'incident » est, au contraire une aubaine pour nous de pouvoir admirer le paysage envoûtant qui nous entoure et par là même faire une randonnée ne serait ce que pour se dégourdir les jambes malgré le froid glacial qui règne désormais en maître absolu. Notre voiture n'était plus visible. D'autre voitures passent, laissant derrière elles le vrombissement du moteur et la suie du gas-oil grillé qui vient s'incruster sur les blocs de neige.
Arrivés au lieudit « les glacières » qui tire son nom, nous a raconté un « blidéen authentique » du fait qu' « au temps des français, il y avait des cavernes aménagées, destinées à conserver la glace pour ensuite la descendre en été à dos de mulet jusqu'à Blida pour la vendre », nous pouvons admirer des milliers de cèdres élancés ressemblant, sous le poids des amoncellements de neige qui se sont entassés dessus, à des sapins de noël décorés. Dans un coin de ce lieu mythique, un adolescent installe sa « boutique.» un couffin contenant deux « thermos » à thé et quelques grammes de charbon pour le feu, indispensable pour réchauffer sa « marchandise » qu'il propose à 30 dinars le gobelet. Nous ne pouvions pas nous passer de ce liquide revigorant. Plus loin, un groupe d'étudiants, s'amusait. Il est 10h30. La « place » s'anime de plus belle. Une autre boutique à quelques dizaines de mètres plus loin, propose des appareils photos « jetables» à 400 dinars. « Il y a des gants aussi. 100 dinars seulement » nous dit le jeune homme comme pour nous inciter à lui acheter un article. Nous continuâmes vaille que vaille, notre chemin pour « rattraper » notre chauffeur.Toujours nonchalamment. Un groupe d'écoliers déballe la pente à grandes enjambées. Aussi gais qu'ils sont, ils s'arrêtent et nous saluent. « Vous n'avez pas école, aujourd'hui ?». « On a fait l'école buissonnière, pour nous amuser » nous rétorquera le plus âgé d'entre eux, dont une fine moustache commençait à apparaître sur sa lèvre supérieure. C'est à ce moment là que notre chauffeur réapparaît enfin, revenu lui aussi sans avoir pu atteindre le sommet. Le goût d'inachevé de notre aventure fût néanmoins compensé par la beauté de ces « lieux » qui, au grand bonheur de tous ces gens qui y affluent de plus en plus nombreux, ont retrouvé enfin leur calme et leur sérénité après la dure épreuve du terrorisme qu'a subit notre pays. C'est du moins l'avis du chef de la police communale que nous avons apostrophé à notre retour aux « châtaigniers » où nous avons décidé de marquer notre seconde halte histoire de souffler un peu. « El Hamdoullah, dira-t-il, les gens reviennent ici surtout les week-ends. Ils n'ont plus rien à craindre. Même la nuit», a-t-il précisé.
Ce n'est pourtant pas l'avis de Mohammed, ex-patriote, reconverti lui et ses « camarades » en gérant de cette « aire de repos » qu'il dit lui appartenir. « Nous n'avons jamais quitté cet endroit même au temps du terrorisme », nous a-t-il affirmé lorsque nous avons contesté le prix du « stationnement » et osé demander un ticket. « Ecoutez, hadha rezq'na (ce lieu nous appartient), 50 dinars c'est pour la sécurité », a-t-il tonné. « Vous voulez dire qu'il n'y a pas de sécurité? » avons-nous enchaîné. « Pas plus loin qu'hier, un jeune s'est fait agressé ici-même. N'était-ce notre intervention, il aurait été lynché », a-t-il avoué. Quant aux agresseurs, ils seraient de jeunes délinquants selon notre interlocuteur. Ainsi, après le terrorisme les services de sécurité qui, il est vrai, couvrent bien le secteur devraient faire face à un nouveau type de « terrorisme ». Le banditisme. Même si la saison touristique n'est pas totalement entamée, beaucoup de personnes essayent de profiter au maximum du retour prématuré de l'hiver. Plus bas que les châtaigniers d'autres visiteurs coincés par la neige décident de s'arrêter. Nous aussi. Des enfants joue avec leurs parents, d'autres lycéens convergent à pied vers le même endroit. Les vendeurs aussi. Y sont proposés des bonnets, des appareils photos, des gants, des châles et autres cache-cou. Un oranais de passage à Blida n'a pas hésité à s'offrir un appareil photo à 400 dinars pour immortaliser ces quelques moments de bonheur. « J'aurai aimé atteindre la station.» nous avouera-t-il avant d'enchaîner : « Dommage que le téléphérique ne fonctionne pas encore», at- il regretté. En effet, le téléphérique de Chréa, qui va en principe reprendre du service à partir de janvier 2009, n'est pas encore mis en exploitation.Vu l'attrait que présente cette région, mais surtout l'incapacité des visiteurs à atteindre la station par voie routière, dont nous étions nous aussi victime, il est grand temps « d'opter pour des moyens de transport plus appropriés, comme le téléphérique », a estimé récemment le directeur des transports de la wilaya. Le tourisme passe aussi par les moyens de transport et de communication. Il faut y penser aussi. En tout cas, notre virée à Chréa nous a permis de constater l'énorme potentiel touristique dont dispose le pays mais aussi l'envie de nos concitoyens de sortir un peu des « sentiers battus » et de la monotonie jusque-là « ambiante » Les pouvoirs publics ont intérêt à booster ce secteur. La volonté y ait. Il faudrait que les moyens suivent aussi
Source le courier d'algerie Par Saïd Mekla