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Algérie : un troisième mandat, envers et contre tous
- Par Admin Tifilkout.com
- Publié 11/12/2008
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Sans même un semblant de suspense, la révision de la Constitution a été approuvée ce matin par les deux chambres du Parlement. Le projet de loi a été présenté par le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, et concerne 14 articles. Avec les articles 4 et 5, le chef de l'Etat se voit éligible pour un quinquennat de manière illimitée et ses prérogatives présidentielles renforcées.
Le troisième mandat est déjà en marche et nul n'ignore que c'est, en réalité, cela l'enjeu principal de cette révision sans lequel elle n'aurait peut-être pas eu lieu. Du moins sous cette forme. Au-delà de la réélection de l'actuel locataire du palais d'El-Mouradia et de la perpétuité du même système qui gouverne le pays depuis son indépendance, c'est un recul latent et dangereux des acquis démocratiques que cette révision reflète. L'impression de faire marche arrière et de revenir aux années de la pensée et de la parole uniques a été désagréablement ressentie par de nombreux Algériens qui suivaient, impuissants, le fait accompli retransmis en direct par les médias publics.
Le sentiment d'appartenir à un peuple qui ne compte pas pour ses dirigeants s'est considérablement accru depuis l'annonce, il y a quelques jours, de la volonté du président de procéder à des amendements de la Constitution. Les Algériens sont nombreux aussi à considérer que le pouvoir veut se « payer » leur tête en leur présentant des arguments aussi fallacieux que farfelus pour justifier une procédure qui, loin de les rassurer, ne fait qu'amplifier leur aversion et leur défiance vis-à-vis de ceux qui les gouvernent. Et ce ne sont pas ses « représentants » au Sénat ou à l'APN qui ont majoritairement cautionné ce matin ce fait accompli qui vont les convaincre du contraire.
Il s'en est fallu de peu pour que le vote du Parlement s'exprime à la « Stalinienne » n'étaient-ce les quelques voix discordantes du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui se sont opposées à cette « mascarade » et celles des islamistes d'El-Islah et d'Ennahda (mouvance islamiste) qui ont eu au moins le mérite de l'abstention pour ne pas endosser une si lourde responsabilité devant l'histoire.
La « mosaïque » politique que ce Parlement est sensé renvoyer est ainsi réduite à une majorité écrasante conciliante et acquiescante. Les formations politiques de l'Alliance présidentielle que sont le FLN, le RND et le MSP, ont joué le jeu jusqu'au bout. Même le Front national algérien (FNA) de Moussa Touati qui était divisé sur la question a fini par rallier la majorité complaisante. L'on a même tenté de justifier l'intérêt du recours au Parlement plutôt qu'une consultation populaire qui, même si elle avait eu lieu, elle n'aurait de toute façon pas fait prévaloir la volonté des gouvernés sur les stratagèmes des gouvernants.
A cinq mois de la future présidentielle, les dés semblent d'emblée jetés : encore une fois l'on aura droit à un semblant de campagne et à une élection sans enjeu réel, combien même le pouvoir se targuera d'un scrutin pour lequel se présenteront d'autres candidats qui risqueraient de servir de lièvre d'une course sans suspense. Dans ce cas, à quoi servira t-il d'aller voter ?...
Source Tsa-algerie Par yasmine djaber