Il n’y a pas meilleure narration pour décrire ce laps de temps certes très court mais très riche en événements décisifs, qu’a vécu l’Algérie,  que celle que nous fait Djoudi ATTOUMI ex compagnon du colonel Amirouche. En effet, le temps a semblé se précipiter, en ces premières semaines d’indépendance qui verront l’avenir de l’Algérie se déterminer de façon irréversible dans une voie qui était demeurée toujours l’inconnue pour son peuple qui avait toujours gardé les traumatismes d’une longue occupation coloniale.
 Le parti unique qui va se substituer à toutes les institutions traditionnelles d’un état, qui restait à construire pour ce pays sorti de la domination va l’enfoncer dans une direction qui n’est pas épargnée par les marques indélébiles des luttes de clans. Pire, cette Révolution aux multiples facettes ira jusqu’ à  éliminer ses propres fils, dans des luttes intestines parfois sournoises. Plus de quarante ans  après l’indépendance, l’Algérie continue de se chercher et son histoire reste l’otage d’une mémoire coloniale et d’intérêts individuels. Je vous livre ici un extrait de l’ouvrage de Djoudi ATTOUMI «  Avoir 20 ans dans les maquis »  paru aux éditions RYMA. Son analyse est,  aujourd’hui, aussi vivante que vraie, pour en méditer la portée :

« Après la proclamation du cessez le feu, l’euphorie gagna la population ; les violences ne s’arrêtèrent pas pour autant ; pendant les terribles tueries de l'OAS, un vent de  folie soufflera pendant plusieurs semaines. Des regroupements de citoyens s’étaient transformés en meutes pour rechercher et massacrer les goumiers, harkis et autres collaborateurs, particulièrement ceux connus pour leur férocité. Des groupes, encadrés discrètement par des éléments incontrôlés avaient semé la mort. Le peuple s’était vengé. De telles images rappellent un peu le jour de la libération de Paris en 1945 où le peuple français s’est précipité sur les collaborateurs pour les lyncher. L’histoire se répétera en Algérie ; ils étaient des centaines à avoir trouvé la mort.

L’A.L.N intervient rapidement pour mettre un terme à ces tueries et procéder à l’arrestation de nombreux collaborateurs pour les soustraire à la vindicte populaire et procéder à leur regroupement dans ces centres  d’internement, en attendant d’être jugés. Un autre vent de violence prendra le relais, ce furent les tueries de l’OAS. Un vent de folie a soufflé sur les villes où les ultras, aidés de certains officiers de l’armée française, ont semé la mort. : Attentats, explosions et mitraillages se sont succédés au niveau des quartiers musulmans de nombreuses villes.

Enfin, nous ne pouvons oublier les escarmouches entre combattants de l’AL.N., fidèles au G.P.R.A contre leurs frères  de l’extérieur, fidèles à l’état major.
Ce fut un combat insensé ou s’affrontèrent, d’un coté les combattants des frontières qui, armés jusqu’aux dents, voulaient rallier Alger pour prendre le pouvoir. De l’autre coté, ce sont les combattants de l’intérieur qui, usés et laminés par la guerre, défendront la légitimité, c’est a dire, le G.P.R.A. la rupture entre les deux institutions suprêmes, l’une politique, l’autre militaire, était déjà consommée au congres de Tripoli en juin 1962. les dissensions qui avaient miné secrètement les chefs de l’exteiru, éclatèrent au grand jour
L’état major a organisé ce coup de force. De son coté, le G.P.R.A, fort de sa légitimité et de l’appui du groupe de Tizi Ouzou, essaya mais en vain de s’opposer à la prise du pouvoir par le militaires de l’ extérieur.

Ces combats fratricides firent des centaines de victimes  et provoquèrent la colère du peuple qui sortira dans la rue pour crier « sept ans ça suffit ! »
le groupe de Tlemcen s’appuyant sur l’armée des frontières , prit le pouvoir sans trop de difficultés ,aidé par la lassitude des moudjahiddines et la sagesse des membres du G.P.R.A et des responsables du groupe de Tizi Ouzou qui avaient préféré abdiquer pour éviter une guerre civile.  Ceux du groupe de Tizi Ouzou furent marginalisés et bannis du pouvoir et parfois mis en résidence surveillée,comme le colonel Khatib de la wilaya 4, Benkhedda,ancien chef du GPRA,le colonel Mohamedi Saïd etc.…Ferhat Abbas ,qui pourtant était du groupe de Tlemcen,a subi le même sort. Le Président Benkhedda, dans un livre publié récemment, a écrit que «  la crise de 1962 tuera le nationalisme chez les algériens » il ajoutera que «  le premier coup d’état militaire a eu lieu au congres de Tripoli ».
Suivirent ensuite,une série d’exécutions : il s’agit du colonel Chabani ,successeur du colonel  Si Haoues en wilaya 6,de Krim Belkacem,assassiné à Frankfurt,Khider en Espagne,et d'autres.

Pour compléter votre information sur le drame vécu par le pays , Il est vivement recommandé de parcourir l’ouvrage d’un ancien officier de l’ALN, Bessad Mohand Arab qui s’intitule’: «  Heureux les martyrs qui n’ont rien »