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Lounés Matoub : les dessous d’un crime orchestré (1ère partie)
- Par Admin Tifilkout.com
- Publié 06/23/2008
- Matoub Lounes
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25 juin 1998, le chanteur kabyle Lounès Matoub est assassiné au lieu dit Tala Bounane, à quelques kilomètres de chez lui à Tawrirt Moussa en Kabylie. Sa femme et ses deux belles-sœurs seront blessées dans l’attentat. Ses assaillants, une dizaine selon des témoins oculaires, s’évanouissent dans la nature.
Dix ans après l’assassinat de celui que la Kabylie considérait jusque là comme son porte-parole, les coupables courent toujours. L’enquête menée par les services de sécurité est loin de faire la lumière sur les véritables auteurs et commanditaires. Pour la famille, les proches, et le simple citoyen, le travail des policiers et des magistrats est soumis à une extrême pression du pouvoir politique. Au lieu de chercher les coupables, les autorités se consacrent à les protéger.
L’affaire Lounès Matoub est avant tout une affaire politique avant d’être judiciaire. Les conflits d’intérêts sont tellement énormes, qu’ils rappellent étrangement ceux d’une autre, l’assassinat du président Mohamed Boudiaf.
Dix ans après, le temps semble donner raison à la rue qui scandaient à l’époque de la tragédie “pouvoir assassin“. Sauf que le terme pouvoir est confus et souvent à géométrie variable. Il arrange bien tout le monde, les coupables comme ceux qui mollement réclament justice et vérité. La justice dans son absolu a besoin de noms, de personnes physiques ou morales pour rendre un verdict. Comprendre par là la justice universelle, pas celle d’Alger soumise et indigne.
Dans ce premier volet nous essayerons de remettre l’affaire dans son contexte. Dans le deuxième je vous promets que ça va déménager. Excusez cette intrusion du je, c’est l’avant dernière, après, promis j’irai me faire oublier dans ce plat pays qui n’est pas le mien faute de colline.
L’Algérie des cendres et du sang :
L’attentat est survenu dans un climat dominé par les luttes d’influences et des conflits d’intérêts colossaux. Pour comprendre il faut se remettre dans le climat de l’époque.
Au niveau de la Kabylie une lutte sans merci pour le contrôle de la région mine les rapports entre les deux formations politiques traditionnelles des deux frères-ennemis. Le front des forces socialistes (FFS) de Hocine Aït Ahmed et le rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) de Saïd Sadi, s’accusaient mutuellement de faire le jeu des islamistes pour le premier et celui du pouvoir pour le second. Partagés entre les partisans de St Egidio et ceux des groupes armés d’auto-défenses (GLD), les hommes politiques locaux polarisent toutes les tensions au niveau national, et même au-delà, entre réconciliateurs et éradicateurs.
A l’échelle nationale, le pays vivait dans une quasi-guerre civile, guerre contre les civils plus précisément. Les différentes factions réglaient les comptes à coup de massacres de civils, interposés. Les islamistes décidés à prendre le pouvoir, redoublent de férocité envers tous ceux et celles qui aspiraient à autre chose que l’établissement d’une république islamique. Avec des éléments infiltrés pour orienter le conflit et garder son contrôle. Aux exactions commises par ces derniers l’armée régulière répondait par des actes tout aussi violents que répréhensibles. Des villages entiers sont massacrés, des journalistes et autres artistes et intellectuels sont assassinés quotidiennement.
Au sommet de l’Etat le général Lyamine Zeroual, peu rompu à la pratique politique éprouvait de plus en plus du mal à équilibrer les forces antagonistes en place. Le général Betchine Mohamed, son influent conseille réconciliateur, essuient les coups d’une presse maniable à volonté. Il subissait les foudres du cercle d’Oujda et des jeunes officiers que l’ancien régime sous Chadli a propulsé au sommet de la hiérarchie militaire et des services de renseignements.
Dans le but déstabiliser le camp présidentiel, il donné comme principal instigateur dans des affaires de malversations et détournements de fonds qui sont rendus publiques. L’affaire du rond à béton ukrainien irradié, l’affaire COSIDER, et l’affaire du professeur Yessad réfugié en Allemagne sont faisaint la une des gazettes.
Les généraux Larbi Belkheir, Nezzar, Toufik Medienne… ont horrifiés de savoir qu’un nouvel accord puisse être passé avec les islamistes. Après celui passé en 1991 entre le président Chadli et les dirigeants du FIS, front islamique du salut, qui avait failli les envoyer à l’abattoir. Les militaires craignaient par-dessus tout une fin de règne sanglante à l’iranienne au moment de la chute du Shah. C’est alors que tous les moyens étaient mis en œuvre pour faire capoter l’entreprise de la réconciliation et pousser le président Zeroual vers la sortie.
L’importance de la Kabylie pour la stabilité du pays, faisait d’elle une pièce maitresse sur l’échiquier politique algérien. L’assassinat de Lounès Matoub rentre dans la double stratégie de détourner définitivement l’opinion publique de l’option islamiste, et créer assez d’instabilité politique pour renvoyer le général Lyamine Zeroual terminer sa partie de dominos.
Sans pour autant sous-estimer la volonté manifeste du pouvoir de priver la Kabylie d’un homme écouté et adulé par les masses. Comme par tous les temps, casser du Kabyle assure à la caste au pouvoir une chose essentielle à sa pérennité aux commandes.
Dans le deuxième volet nous retracerons les six derniers mois de vie de Lounès Matoub, dont l’affaire du visa de sa femme. Nous ferons tomber les masques.
par Zahir BOUKHLIFA - Kabyle.com
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