Cid Messaoudi, l’interprète de la célèbre chanson “Ak Ceyâ-gh Tavratt”  vient de quitter le monde artistique kabyle.

Lui qui a marqué la chanson kabyle des années 60 et 70 tire sa révérence à l’âge de 68 ans à Paris des suites d’une crise cardiaque.
Originaire d’Ait N’zar à Iferhounène, Cid Messaoudi a marqué les mélomanes kabyles par sa voix sincère, éclatante et ses chansons limpides. Parmi les précurseurs de la nouvelle chanson kabyle de la génération d’après-guerre, Cid Messaoudi, tout comme " les anciens ", a légué un trésor musical aux générations futures.

Avec un répertoire riche, d’abord en enseignements, le défunt Messaoudi compte une vingtaine de chansons immortelles, telles Ulac wim mara Hku-gh, Ttxilek a lvaz bu lakhul, Agujil, Yugi Adighiv Lexyal-im, Attas Is Yennan Ijjah Iruh ou bien L’hub-im yexsar gul-iw yedja-d lejruh…
Ses chants sont un océan de sagesse connue dans le milieu des montagnards de Kabylie. Il embellit ses textes d’une musique des plus soignées et appropriées. Cid Messaoudi n’est pas seulement un artiste simple. Avec la génération d’artistes des années 60, ils ont brisé le tabou qui bannissait l’art et le reléguait au rang d’un "déshonneur".
Grâce à eux, le cœur de la chanson kabyle continue de battre malgré le black out médiatique imposé.

Grâce à leur combat contre une société, le moins que l’on puisse dire, fermée, aujourd’hui, la chanson kabyle est portée haut la main par plusieurs jeunes artistes, y compris des femmes. De par leur engagement pour l’art, nos anciens artistes ont grandement contribué à la survie de notre langue ancestrale.
Dans un message d’information adressé à la presse, Malika Domrane rend un vibrant hommage à celui qu’elle surnomme "Le rossignol de la chanson kabyle".
Un dernier hommage, lui sera rendu mercredi à l'hôpital Bichat à 9h 30, Métro Porte de Saint Ouen.

L'enterrement à eu lieu le vendredi 30 mai dans son village d’Iferhounène.  
Cid Messaoudi s’en va, mais son nom restera éternellement gravé dans les annales de la chanson kabyle.  Toutes les générations du public kabyle se souviendront de cet artiste modeste qui ne cesse malgré le temps qui passe de chatouiller leurs tréfonds avec ses mélopées, que même les années n’arriveront pas à effacer.
A signaler seulement, qu’aucun hommage n’a été rendu à l’artiste de son vivant.
Les autorités concernées ou bien la famille artistique se dépêcheront sûrement, et comme à leurs habitudes, pour rendre un hommage posthume à l’artiste, maintenant qu’il n’est plus de ce monde.


Une pléiade d’artistes a assisté à son enterrement - Cid Messaoudi inhumé hier aux Ath Ouamer

Les ruelles du village At Yha Ouamer, à Iferhounène, ne pouvait pas contenir la foule compacte venue rendre un ultime hommage à Cid Messaoudi, terrassé par une crise cardiaque à l’âge de 68 ans, le 20 du mois en cours à Paris, "où il se rendait pour des soins," confient ses proches amis,  et enterré, hier, dans son village natal à Ath Yha Ouamer.
Toute la famille artistique de la Kabylie s’est donné rendez-vous dans la demeure du défunt pour rendre un dernier hommage à celui qu’ils qualifient tous de “gentil et de personne douce." Makhloufi, Velaid Tagrawla, Hacène Ahres, Taleb Tahar, Ahmed Hamou, Taleb Raveh, Mohamed Chemoune et  bien d’autres amis de feu Messaoudi, ont tenu tous à partager avec la famille du défunt ces moments de douleur.

Outre les artistes et compagnons de Cid Messaoudi, des fans de l’artiste sont venus de Draa El Mizan, de Larvâa Nath Yiraten, d’Alger et de Vgayet pour assister à l’enterrement de l’un des artistes qui ont su imposer leur voix et leur style à la chanson kabyle. Selon les témoignages de ses proches amis, Cid Messaoudi, l’artiste à la voix d’or, " était respectueux et respectable," disait Makhlouf Mohandi, ancien ami de Cid, comme il aimait à l’appeler, et d’ajouter que "c’était une personne très humaine."
Les citoyens du village At Yha Ouamer et ceux d’At N’Zar, de leur côté, ont tenu à apporter un témoignage sur la personne de Cid Messaoudi. Pour eux, c’est toute la Kabylie qui perd un grand artiste et un grand homme. "Il n’a jamais eu de problème avec les gens, il était modeste et gentil avec tout le monde," tenait à témoigner Dda Ahmed.
Cid Messaoudi, natif de 1940 à At N’zar, fut l’ami de bon nombre d’artistes kabyles comme Slimane Azem, qui "estimait très bien son travail, notamment sa voix d’or," nous a informé Mohamed Chemoune, lui aussi ancien artiste.

De son côté, Rachid Ait Chekdid, chanteur et élève de Cid Messaoudi, avec une voix éteinte de douleur, a souligné que " Dda Cid a choisi de vivre dans l’ombre toute sa vie même s’il a donné beaucoup de choses pour notre chanson. Même ses droits en tant qu’auteur, je me suis engagé à l’aider dans cette mission."
Après la prière des morts à proximité de la zaouïa Sidi Moussa et l’oraison funèbre, Cid Messaoudi est enterré dans la dignité au cimetière de son village accroché aux flancs du Djurdjura, dans la daïra d’Iferhounène.   

Hier, Cid Messaoudi a été enterré parmi les siens pour rejoindre, selon les dires d’un membre de sa famille, " les éternels qui ne meurent jamais."



Mohamed Chemoune, ancien artiste
"C’était une école"

 Je peux dire que Cid Messaoudi est une voix d’or. C’est un bon homme que je n’ai pas trop côtoyé, mais on s’est connu à Paris. C’est l’école de Missoum, de Cix El Hasnaoui, de Slimane Azem, de Chérif Kheddam de Kamel Hamadi …. Aujourd’hui il est mort et que Dieu ait son âme. Je l’ai connu dans un café qui appartenait à mon frère à Paris, où tous les artistes kabyles se réunissaient là-bas. Il y venait souvent. Et on se donnait rendez-vous aussi chez Ait Meslayène. A cette époque, d’autres artistes comme Rachid Mesbahi, Zouiouéche, Youcef Abjaoui. Pour nous, qui étions jeunes, ils étaient l’école. C’est grâce à eux qu’on est là et nous sommes loin d’atteindre leur niveau. Ils sont une vraie école d’art. 
Ses chansons et son style me touchent beaucoup. D’ailleurs, à chaque fois que j’anime un gala, j’interprète une chanson de feu Messaoudi






Taleb Rabah, ancien artiste
'' C’était un homme qui avait joué son rôle d’artiste ''

 A vrai dire, chacun aura son jour ! Il avait joué son rôle. Il avait vécu comme nous tous. Comme des oiseaux, un pied ici, un autre en France. On a vécu notre vie dans l’errance. Je l’avais connu en France, nous étions issus de la même région. Lui d’At Yha Ouamer, moi, de Tizit, nous avions la même daïra. Cid Messaoudi, Miss Tmurt, tellement il avait vécu en exil, on s’était connu là-bas. Je lui souhaite la Miséricorde du Paradis. Nous étions venus lui rendre un dernier hommage et que Dieu ait son âme.






Rachid Ait Chekdid, chanteur et élève de Cid Messaoudi
''Cid était un ange pour moi''

Cid était un père, un ami et un frère pour moi. Comme je l’ai dis hier pour la Chaîne II, encore une fois, la mort a frappé dans la famille artistique kabyle pour nous ravir Cid Messaoudi. C’est un homme qui n’était pas connu, à part qu’en tant qu’artiste. Cid, c’était un ange!  C’est un homme qui aimait tout le monde. Il respectait tout le monde et il était respecté de tous. Il donnait à chacun sa propre valeur. Depuis 1988 à ce jour, soit deux jours avant qu’il parte en France, on se rencontrait tous les jours. On avait programmé des projets ensemble, mais malheureusement il est mort. Il pleurait à chaque fois qu’on lui racontait les problèmes des autres. Il était très doux. Depuis sa tendre enfance, il était généreux. Toutes ses chansons racontent les problèmes des autres.




Said Freha, animateur à la chaîne II
'' Nous avions essayé d’être à son service ''

Cid Messaoudi était un grand artiste. On a pas la force pour parler de lui, lui qui nous quitte aujourd’hui. Ses nombreuses chansons sont là pour témoigner de sa grandeur. Il avait chanté comme les autres artistes de l’époque ce qu’ils ressentaient, comme l’exil… Je me suis rendu trois fois, pour des hommages et des émissions pour Cid Messaoudi, au nom de la Chaîne II. J’avais fait ces émissions pour qu’il ne se sente pas isolé. Il se rendait à la Chaîne II et nous avons essayé d’être à son service. J’avais parlé avec Ould Ali El Hadi pour lui organiser des galas à Tizi Ouzou, et El Hadi était très content de ça. Il m’a dit que les portes de la Maison de la culture sont ouvertes pour Cid Messaoudi.

Video - “Ak Ceyâ-gh Tavratt”