Sites et paysages de Kabylie


D’Azrou Net’Hor, amis internautes et fidèles de Kabyle.com qui nous faites l’honneur de nous accompagner à travers nos pérégrinations, nous allons descendre vers la grande forêt de l’Akfadou. Cette forêt mythique est restée longtemps interdite aux passionnés de la nature et aux amoureux de la Kabylie. Polluée par les barbus et les fous d’Allah venus de Bachdjerrah et autres Kaboul algérois pour instaurer la république de Dieu, elle est restée inaccessible à ses propres enfants.

Personnellement, j’ai longtemps rêvé de voir le Lac Noir, Agoulmime Averkane. Je l’ai longtemps imaginé avant ; instant magique, d’entrevoir ses eaux glauques à travers les frondaisons du rideau d’arbres qui m’en cachaient la vue. Je l’ai longtemps dessiné dans mes rêves avant de poser mes yeux émerveillés sur cette surface nappée de petites fleurs blanches. Mais bien avant de le voir, je dois être honnête avec vous et vous dire que je l’ai d’abord entendu. Oui, entendu. Car avant de voir le Lac Noir, on l’entend. C’est simple. Imaginez le chant de milliers de grenouilles qui coassent à l’unisson. C’est une symphonie comme rarement vous ne l’entendrez dans votre vie. C’est un chant de la nature qui habitera toujours vos oreilles. C’est le parler vrai d’une nature sauvage, immaculée, comme au premier matin du monde.

Lorsqu’un vieil ami d’Adekar, de surcroît compagnon de route de tous les combats de la Kabylie, me propose de faire une virée vers le Lac Noir, vous imaginez bien que je ne pouvais, en aucun cas, dire non. Cela fait longtemps que je l’attendais cette proposition. Il y a des risques, bien sûr. Il y a toujours ce risque de rencontrer, au détour d’un virage de la piste que nous empruntons, quelques unes de ces bêtes hirsutes qui hantent, comme de mauvais fantômes, nos forêts et nos maquis. Mais qu’à cela ne tienne et advienne que pourra. Nous sommes chez nous, que diable ! Oui, c’est vite dit. Je m’en rends compte quand j’entends un hélicoptère de combat de l’armée tournoyer au dessus de nos têtes. Heureusement que les arbres de haute futaie nous mettent à l’abri des regards indiscrets venants du ciel. Les groupes de singes magots, les tableaux que composent Dame Nature à chaque détour, nous font vite oublier les dangers réels ou imaginaires que nous réservent le ciel ou la terre.

Les singes sont vite effarouchés. On voit bien qu’ils ne sont pas habitués à voir des touristes dans leur monde. A moins de 100 mètres, ils montent au sommet de leurs arbres et nous scrutent d’un œil inquiet. A part les singes, il y a les vaches. Par petits groupes, par petits troupeaux, elles déambulent un peu partout, en toute liberté. A la belle saison, les villages alentour ont pour habitude de lâcher leur bétail dans la forêt. Les bergers viennent chaque jour ou tous les deux jours, contrôler les bêtes et s’assurer que tout va bien. Malgré cette présence, les vols de bétails sont assez fréquents ces derniers temps.

En dehors des communautés de singes magot ou des bovins que nous rencontrons, il y a les bruits de la forêt. Ils sont surtout composés de chants d’oiseaux. Des chants pas toujours connus. Des sons pas toujours familiers. Il faut savoir que la forêt de l’Akfadou renferme 50 % des espèces méditerranéennes en termes de faune et de flore. En 1926, cette forêt était un parc national. L’un des tout premiers parcs nationaux du pays au regard de la richesse de la faune et de la flore. Aujourd’hui, la forêt de l’Akfadou n’est pas classée !! Oui, oui, vous avez bien lu. Elle n’est ni parc national, ni réserve de biosphère, ni aire protégée ni quoi que cela soi. Résultat des courses, un immense trafic d’essences forestières est entrain de venir à bout de l’une des plus grandes forêts de l’Afrique du nord. Les arbres sont abattus pour servir de pieds droits dans la construction. Pour cela, ils sont transportés à bord de camions frigorifiques servant de transport pour les produits laitiers comme le yaourt, pour ne pas éveiller les soupçons.

Le long de l’ancienne route ou piste touristique, le voyage est agréable. Même à son zénith, le soleil arrive difficilement à percer l’épaisse canopée qui couvre nos têtes. Je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée à Arezki Lvachir, celui pour lequel on avait inventé le doux vocable de bandit d’honneur. Je vois souvent son fantôme traverser le rideau de chênes zen ou de chênes afares pour disparaître plus loin, happés par le linceul de l’oubli qui couvre l’histoire de la Kabylie. Je vois aussi Abdoun et ses frères et Ahmed Oumerri ainsi que tous les hommes libres qui ont trouvé refuge dans cet univers végétal. Je ressens, soudainement, ce sentiment de liberté qui devait les habiter quand ils se trouvaient dans cette immense forêt. Un cavalier, soudain surgit au détour d’un virage. Ce n’est pas un fantôme du passé mais un berger à la recherche de ses bêtes momentanément égarées.

Il fut un temps où la forêt d’Akfadou l’un des endroits touristiques les plus visités en Algérie. On y campait en été, non loin du Lac Noir ou près d’une source d’eau fraîche. Tout autour du lac, les arbres sont immenses. A l’ombre de ces géants qui doivent avoir plusieurs siècles, on se sent tout petit. Le lac n’est pas très grand mais sa beauté vous coupe le souffle. Il est de l’étendue d’un grand terrain de foot. Par endroits, sa surface est tapissée de minuscules fleurs blanches qui brillent au soleil. Un couple de tortues prennent un bain de soleil sur un rocher et plongent dès qu’elles nous voient s’approcher. J’ai vu beaucoup de sites naturels en Kabylie mais le Lac Noir à cette époque de l’année est une pure merveille. Un endroit magique, hors du temps.

Nous prolongeons autant que possible le séjour sur ses bords mais il est bientôt l’heure de rentrer. A pied, comme on est venus. Le fait que le lac soit situé au milieu de la forêt, sans piste d’accès pour les véhicules, a contribué à le préserver de la pollution que génèrent les hordes de touristes irrespectueux de la nature et de l’environnement. Sinon, il aurait fini comme Aswel, Tikejda ou la cascade de Kefrida.

Moi, en tout cas, je me suis promis d’y retourner bientôt. Je vous ramènerais d’autres photos.


Par M.Ouary - Kabyle.com