Ce récit,nous le devons à Roger CONROUX, chasseur alpin de la 6°BCA qui était stationné à Michelet aujourd’hui , Ain El Hammam.
Écoutons-le :
« Plus de quarante ans après, lors d’une rencontre des anciens du 6°BCA, j’ai retrouvé Bernard qui se souvenait et m’a rafraîchi la mémoire. Il appartenait à la 4 ° compagnie cantonnée au sud de Michelet. Notre PC .ce jour là il avait été appelé en renforts avec ses camarades. De son coté et pour les mêmes raisons, notre compagnie, la 3°, avait été demandée d’urgence. Bernard se souvenait dans les moindres détails de l’embuscade qui venait de se produire et vers laquelle nos deux compagnies..
Écoutons-le :
« Plus de quarante ans après, lors d’une rencontre des anciens du 6°BCA, j’ai retrouvé Bernard qui se souvenait et m’a rafraîchi la mémoire. Il appartenait à la 4 ° compagnie cantonnée au sud de Michelet. Notre PC .ce jour là il avait été appelé en renforts avec ses camarades. De son coté et pour les mêmes raisons, notre compagnie, la 3°, avait été demandée d’urgence. Bernard se souvenait dans les moindres détails de l’embuscade qui venait de se produire et vers laquelle nos deux compagnies convergeaient rapidement. J’ai écouté avec beaucoup d’émotion son récit dont je vous livre les lignes qui suivent:
« Notre mission en plus des divers crapahuts, gardes et patrouilles, consistent à assurer au col de Tala Oumalou, prés du village d’azerole kellat, la protection du passage de notre convoi.
Ce convoi relie une ou deux fois la semaine Michelet, fort national, Tizi Ouzou, aller retour.
Ce samedi là, 19 octobre 1957, pas de protection prévue, mais une patrouille pour rechercher, en vue de leur conscription, de jeunes kabyles. Nous fouillons les villages de Ouahzen, Taourirt Menguelet, Tililit, Thamzout.
Il fait très chaud ; nous ne sommes pas loin de Michelet et cela s’annonce plutôt décontracté. Nous avons déjà recruté quelques jeunes villageois qui seront intégrés d’office dans l’armée pour y accomplir leur service militaire.
A onze heures du matin, nous sommes étonnés d’entendre et devoir rouler des camions en direction de Tizi Ouzou.
Personne n’a apparemment assuré leur protection au sol. Quelques instants plus tard ; au loin, en direction de Tala Oumalou. Nous entendons des coups de feu. Les détonations deviennent de plus en plus violentes attestant du sérieux de l’accrochage. Par radio ; le lieutenant Pillot demande des explications et propose du renfort de notre compagnie. Il y a un léger cafouillage car personne n’est très sùr de la nécessité d’une intervention. La radio du convoi pense que l’attaque n’est pas trop grave, mais il n y a pas de liaison avec les véhicules se trouvant à l’avant. Au bout d’un quart d’heure environ, nous recevons l’ordre de nous rendre rapidement sur les lieux de l’embuscade. Un petit groupe rejoint Michelet avec les circonscrits.
Les copains et moi, nous nous partageons ne deux sections. Nous connaissons le terrain et, pendant que certains empruntent la ligne de crête, ma section évolue sur la route nationale. Au pas de course, mon fusil lance grenade a la main avec l’équipe porteur du fusil mitrailleur, nous atteignons les lieux du combat.
Hélas, il est trop tard et malgré l’arrivée conjointe d’éléments de la troisième compagnie en provenance d’Ait Hichem nous constatons que les leur embuscade réussie, les fells se sont évanouis dans la nature.
Le bilan de cette attaque est lourd.
Nous avons à déplorer sept morts et treize blessés plus ou moins graves. Nous apprenons aussi qu’un de nos véhicules ont été pris d’assaut et que les occupants massacrés ont été dépouillés de leurs armes (deux fusils garant, une carabine US, deux pistolets mitrailleurs). Ce serait, parait il un commando de quatre vingt fellaghas qui a réussi cette embuscade. Notre convoi s’est trouvé pris sous un tir croisé. Les rebelles disposaient d’armement lourd (fusils mitrailleurs et bazookas).
Nous recherchons et découvrons les emplacements de tir bien aménagés. Notre aviation de chasse vient d’arriver et cherche, dans un ballet bruyant, l’accrochage avec la bande qui s’est éparpillée sur le versant est du col.
Des hélicoptères se posent et évacuent les blesses les plus graves. Nous ramassons nos morts qui sont entreposés dans un GMC bâche. Le convoi se reforme et cette fois les véhicules sous bonne escorte s’ébranlent en direction de Tizi Ouzou. Un avion piper sillonne le ciel.
Les jours qui suivent : ordre nous est donné de faire évacuer puis raser les villages d’Azrou cellas (haut et bas).
Les mechtas sont détruites et incendiées, certaines maisons sont dynamitées. Le lieu est déclaré zone interdite. La population paie durement sa complicité plus ou moins volontaire avec les rebelles qui ont été hébergés plusieurs nuits durant.
Grand merci à Bernard de m’avoir rappelé cette embuscade meurtrière. Le souvenir était toujours pénible à évoquer, mais nous le devions bien à la mémoire de ceux qui étaient tombés ce jour là »
* Extrait de l’ouvrage « la Kabylie des chasseurs alpins Terre de nos souffrances »
Roger CONROUX-Editions des écrivains p.165-166