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Ferhat 2008: un réquiem pour la résistance kabyle
- Par Admin Tifilkout.com
- Publié 05/2/2008
- A.amazighité et kabylité
- Pas noté
La sortie du nouvel album de Ferhat Mehenni est, qu’on le veuille ou non, un événement exceptionnel. Culturel certes, mais avec un petit plus de, on ne sait quoi de nostalgique, comme si tout d’un coup on est transporté dans le temps. Pour certains vers des printemps non lointains remplis de révolte et de solidarité, et pour d’autres vers des futurs immédiats qu’ils veulent et qu’ils s’imaginent plein d’espoirs autonomistes. Culturel certes, mais résolument politique.
Qui de la génération des années quatre vingt n’a-t-il pas glissé dans l’oreille d’un ami, d’un frère ou d’une sœur : « j’ai quelque chose à te faire écouter… » ? Comme s’il s’agissait d’un produit illicite, d’un stupéfiant. Il faut dire qu’à l’époque, devant un juge d’une république algérienne qui n’en est pas tout a fait une, il vaut mieux être voleur ou violeur que berbériste ou militant des droits de l’homme. L’époque a changé, les œuvres du « maquisard de la chanson » kabyle, dixit K. Yacine, sortent de « sous-le-manteau » au grand jour.
2008, l’âge est passé par là, à l’orée de la soixantaine l’ancien, pour les intimes, garde le verbe de ses vingt ans et les aspirations d’avant. Comme l’alchimiste des instants présents, il réussit à transformer les drames de la vie… et les larmes en sourires adressés aux cieux…
Il prend à témoin les jeunes kabyles à qui il adresse un message humaniste. C’est le message d’un homme qui a tellement aimé son prochain au point que de se battre pour lui, son cœur a connu une nouvelle jeunesse. Une jeunesse pour raconter la douleur d’une mère pleurant son fils, assassiné un soir de juin place Clichy. Bella ciao, cet air emprunté à cette Sicile pauvre mais digne, devint l’hymne d’un père hanté par les démons de l’absence de l’aîné, du fils et de l’ami.
Dans A-gma c’est un dialogue franc entre deux frères. L’aîné rompu aux turpitudes d’une vie d’orphelin qui essaye d’inculquer au cadet le pragmatisme. Il lui rappelle que le rêve est beau, sauf qu’il perd de sa superbe une fois rattrapé par la réalité. L’aîné à qui la vie n’avait rien demandé avant de ravir un père trop libre pour vivre sous le joug de la France. Têtu comme un enfant qui a la tête dans les nuages, à 57 ans « l’Ancien », comme on aime tant l’appeler, ne renoncera guère aux rêves : «La magie éduque les enfants au rêve de puissance, la poésie donne à l’adulte la force de changer le monde en concrétisant ses rêves », ce sont ses mots.
Avec Requiem et Espoir, une nouvelle rhétorique kabyle voit le jour. On apprend que la justesse des mots éclaire les chemins qui montent. Que la vraie histoire est non pas celle qu’on voit défiler devant nos yeux mais celle qu’ensemble, nous arrivons à édifier. Malgré l’adversité et la traitrise des uns et des autres, qui en se reniant renoncent tout simplement à ce qu’ils sont, nous somme là avec nos rêves d’une Kabylie majeure.
Irrémédiablement, un signe de la main nous apprend que le ciel est haut, très haut loin au dessus de nos têtes. Parmi ces montagnes majestueuses, il faut croire en des valeurs solides pour continuer à espérer, à vivre encore.
Ici et aujourd’hui, à tous les arrivistes qui, dans l’ombre de l’indignité, nourrissent des rumeurs infamantes, une seule question que vous pouvez prendre à vos dépens comme une réponse. Qui dans cette Algérie des chimères a donné son père à l’ogre d’hier (la France), sa vie pour le combat des siens et son fils à l’ogre de nos jours : le pouvoir inculte d’Alger ?
Ils ne sont pas beaucoup à se maintenir debout, la nuque raide et le regard droit dans les yeux dire : j’assume sans rougir. J’aspire au bonheur et à la liberté de mon peuple sans fléchir. Ecouter du Ferhat de nos jours est tout simplement un acte de résistance.
source kabyle.com