Mouloudj : vous êtes auteur de deux ouvrages  d’histoire consacrés à la période de la guerre de libération, comment est venue cette idée d’écrire sur cette période et pourquoi spécialement la région d’iferhounene ?

Si Hadj : L’Idée n’est pas spontanée mais elle sommeillait dans ma tête  depuis mon jeune âge. Il faut dire que j’ai vécu cette guerre comme la plupart des algériens, comme un traumatisme qui refait surface  de façon récurrente dans ma vie. Le moment était simplement venu de dire les choses  telles que vécues  et surtout avec la pus grande objectivité  possible.

Pourquoi la région d’iferhounene ?
Et bien parce  que c’est là-bas que j’ai vécu mon enfance  qui a correspondu à la phase de la guerre de libération, celle de 1954 à 1962, dans le fracas des armes, les cris de suppliciés  et les larmes des enfant et des femmes frappés sauvagement par les hordes  déchaînées de la puissance coloniale aidée pour cela,  par les nombreux suppôts et supplétifs.

je le redis encore une fois,  il s’était agi pour moi ,de dire le plus simple du monde,  ce que nous avons vécus tous dans cette région sans  passion  ni rancoeur ; cette région a payé un lourd tribut  qui , comme je l’ai écrit dans mes deux livres : «  la guerre franco algérienne dans la poésie populaire  kabyle » et  « fils de fellaga », dans les autres livres qui suivront  comme  «  la guerre vécue par un chasseur alpin et un fils de fellaga, » «  la poésie kabyle et la guerre d’Algérie tome 2 » ,L’idée d’écrire m’a toujours hanté depuis l’indépendance ,c'est-à-dire depuis l’age de 12 ans.
la matière existait mais il manquait les outils c'est-à-dire la langue d’expression qu’il fallait maîtriser mais surtout , choisir pour transmettre le message,  d’abord  , à celui qui est concerné en premier chef par cette tragédie , c'est-à-dire le lecteur français.

La région d’iferhounene ou je suis né, c’est là où j’ai vécu la meilleure partie de ma vie , c'est-à-dire ma première jeunesse. cette jeunesses happée par le colonialisme , volée , comme a été spoliée notre terre , détruite notre fortune car , nous étions assez riches à la veille de la révolution ( un moulin à grain à moteur diesel DODGE Américain comme se plaisait à le répéter de son vivant mon grand père  , un commerce de détail , des terres , et surtout des hommes instruits et bien portant, une éducation religieuse des plus strictes ).

J’ai été non seulement le témoin mais aussi et surtout la victime et parfois malgré moi (missions pour un fils de fellaga dans le livre «  fils de fellagha paru aux éditions publibook) acteur involontaire, pour transmettre avec suffisamment de preuves, de vérités je veux dire,  le message sur cette épopée.

Mouloudj : vous dites dans un passage  de votre livre que l’histoire est là pour nous rappeler l’importance accordée  à cette région escarpée ; par les envahisseurs qui en ont eu à affronter déjà ; avant les années 1854-1856-1857 les qunqué genti , et dans un autre  vous dites  «  les multiples tentatives  de la France …se sont faites un point d’honneur  et ont considéré comme un haut fait de guerre de détruire le mythe de l’invincibilité de tribus fières  de Djurdjura ».Sous quel angle procédez vous pour analyser les résistances  de la Kabylie contre le colonialisme , notamment , l’apport des tribus  de Djurdjura à cette résistance ?

Si Hadj :Comme je l’ai déjà dit dans plusieurs paragraphes  de mon livre «  fils de fellagha » l’Algérie a été longtemps, à l’instar de la plupart des pays africains, la convoitise des conquistadors européennes.
La France n’a fait que suivre les traces des vandales, des phéniciens, des romains, des turcs avec cette différence qu’elle avait précède sa conquête d’une exploration scientifique. En effet, les œuvres léguées par les scientifiques  français sur cette partie de l’Afrique dite septentrionale montrent bien que  l’Algérie avait fait l’objet d’une étude minutieuse pluridisciplinaire approfondie. Il s'agissait de lancer une expédition la plus économique la plus efficace possible, donc la plus rentable pour l’envahisseur. D’où l’examen minutieux du sol, des montagnes , du littoral , des eaux , des plantes , du climat , de la population, sa sociologie ses croyances  son histoire  , ses coutumes et usages que l’on retrouve savamment exposés dans les ouvrages de Dussouhet, Carrette, Pélissier,E.L et A. Bertherand.

L’étude historique en question  s’est intéressée avec force détails à la Kabylie en particulier.
Les différentes batailles livrées  par les berbères  aux envahisseurs ont démontré le mythe de l’invincibilité des peuples  de la Kabylie  , désignés par les romains par les termes de quinqué genti et Mons Ferratus.
La France avait intégré dans sa stratégie de conquête le courage, la ruse et l’esprit de sacrifice, mais aussi le relief escarpé, hostile et la situation stratégique des crêtes et pitons  sur lesquels sont plantés les villages kabyles, des kabyles.

En effet ces villages  perchés  aux sommets  des collines  répondent  d’abord  à un impératif  de guerre.

les armées françaises, pour occuper les ittourars  et installer leur bivouac  à Timezguida , ont dù recourir  à des moyens  matériels  modernes de l’époque ( usage de la poudre explosive en grande quantité ) et à des effectifs  énormes. De plus la région des quinqué genti avait été dés 1854, 1856 et 1857 attaquée par deux armées  des deux cotés. Celle de Constantine  venant par Bejaia et celle de Bordj Tizi Ouzou, qui ont fait  leur jonction à Timezguida.
Mais c’était compter sans  la ruse  et le courage  de ces amazighs,car les troupes de la Velléda Lalla Fatma N’Soumer,malgré la supériorité numérique  et matérielle des deux armées coloniales  , ont fini par contraindre l’ennemi à se replier  dans la vallée du Sibaou, après plusieurs batailles dont celle de TIFERDOUD  , de TACHEKIRT et TIFILKOUT
(A Bertherand  dans Campagnes de Kabylie -1954, 1956 et1957)
 
Il faut dire que  même  à Djurdjura des renforts ont été envoyés d’autres régions de Kabylie pour stopper  l’avancée des envahisseurs.

De même que des troupes ont été levées  dans la région des Ittourars  pour combattre  les troupes  forces venues de Béni Irathen  à leur arrivée à Ichariden.

La résistance de la Kabylie  contre le colonialisme s’inscrivait en droite ligne dans le caractère  séculaire de ce peuple, à refuser toute emprise des étrangers sur leur  territoire, leurs moeurs et leur mode de vie , dominé par l’honneur , l’ainia , et la logique du don , du contre don du défi et du contre défi ( voir Bourdieu et Sayad à ce sujet ) . La défense de son territoire se posait en termes de sauvegarde de son honneur.

La spoliation des terres, le non respect des coutumes et de l’organisation kabyle constituaient un affront qui ne pouvait être réglé que par la guerre. C’est dire que la pacification, prônée par l’occupant se plaçait d’emblée en flagrante contradiction avec la philosophie de la vie de ces peuples amazighs- hommes libres.

Mouloudj :les faits historiques  rapportés dans vos deux ouvrages, sont ils des faits vérifiés ou sont ils des histoires racontées comme un récit de vie

SI Hadj :En ce qui concerne les faits rapportés dans tous les livres, ils sont authentiques.
Il ne s’agit pas d’un roman, mais d’un témoignage.

je me suis , dés le départ , fixé un objectif , pour que mon témoignage soit bénéfique pour le lecteur , en premier lieu , même si l’historien trouvera matière à exploitation dans une autre dimension , puisque  tous les récits  qui doivent  former le contenu de mes ouvrage sont tout à fait la vérité. Ils sont vérifiables, car ces faits ne peuvent être contredits ni par la population  de la région ni par les personnes  citées ni par les archives disponibles  en Algérie ou même dans les archives militaires françaises. Ce-ci pour ce qui concerne les narrations. J’ajouterai que je détiens des photographies  qui avaient été prises à cette époque , et qui parlent d’elles-mêmes , puisque  témoignant des slogans colonialistes ( exemple : «  Vive l’Algérie » pour    «  les fellaghas »  et sa réponse , «  Iferrounene village de France », pour les soldats français  sur le mur même de notre propre  maison).

Je me suis lancé un défi, celui de dire la vérité. Ce caractère je le tiens un peu de mon père mort pour un  idéal. D’aucuns penseraient à un extrémisme de ma part ;  alors je me suis dit, la guerre est fini, moi je dois la continuer par mes écrits, non pas dans un esprit revanchard et belliqueux mais dans le dessein de faire savoir que quelque chose s’était tout de même passé, et seulement ce qui en définitive s’était réellement passé. Des choses que je ne pouvais passer sos silence, après moult tentatives de me  résigner et tirer un trait sur la passé.

Ces faits que j’ai rapportés je les ai  vécus en tant qu’enfant ayant  grandi avec eux  de 1956 à 1962. ; C’est-à-dire depuis l’installation du camp des chasseurs alpins à Iferhounéne   jusqu’ à l’évacuation ,à l’indépendance,  du dernier soldat  sur le sol des Ittourars. Ce dernier événement, rapporté dans mon livre, avait été d’ailleurs vécu de façon mémorable par toute la population.

J’ajouterai que devant de tels événements  je n’ai pas cherché à farder la vérité  c’est pour cela que  j’ai dit en  toute conscience ce  qui me semblait utile  de dire. j’ai parlé des militaires français , des harkis , des maquisards que l’on a appelé de l’autre coté  du barbé ,  fellagha , sans aucun préjugé

J’ai cité des noms de personnes, en livrant ma pensée profonde, j’en assume la responsabilité.
Les exécutions  sommaires, les viols, mais aussi la mort de soldats français  ne peuvent etre  être tus sous prétexte de tabou. La compassion de certains appelés, et même de certains harkis, ne doit pas etre passée sous silence. Je juge l’homme en tant qu’être humain sans distinction de race , de religion ni de couleur et de quelque coté qu'il puisse se situer dans ce conflit , qui , comme tout le monde le sait a fait d’énormes dégâts pas seulement du coté algérien mais aussi du coté français. Ces événements vécus m’ont été confirmés par d’autres témoignages. Ce-ci, pour les besoins de conforter ma mémoire d’enfant qui pouvait défaillir. Les raisons de la possible défaillance sont nombreuses, vous devez le savoir,je ne citerai qu’un seul : le traumatisme de guerre.

Mouloudj :la conquête française était motivée par le règlement de la crise de la société qui menaçait la métropole, pouvez vous être plus explicite là-dessus ?

Si Hadj :Oui , j’ai écrit que  la conquête  de l’Algérie, de l’Afrique entière  pour ce qui me concerne ; avait pour mobile, le règlement de la crise  de certains pays industrialisés avec à leurs têtes la France et l’Angleterre qui, d’ailleurs se sont , dans le passé , « partagées l’Afrique ».
C’était la recherche de matières premières  de main-d’œuvre gratuite, d’espace vital (de terre) pour les populations métropolitaines qui vivaient les premières crises aigues du capitalisme dans le monde qui avaient motivé cette conquête.
En fait mes affirmations à ce sujet ne sont que la synthèse des analyses  faites par des intellectuels  même de cette métropole, mais confirmées par un constat personnel sur le terrain. Pour preuve, je vous renvoie aux ouvrages  de Dussouhet, Carette, E.L et A Bertherand .D’autres auteurs progressistes  sont, du reste,  parvenus aux mêmes conclusions en présentant l’impérialisme comme le stade suprême du capitalisme. Je ne suis pas marxiste, mais, je suis forcé d’adhérer à cette vision des choses.
Nous devons savoir que l’Algérie,  après la conquête militaire, a été purement et simplement envahie par les colons qui s’y étaient installés. Il s’agissait d’une colonisation de peuplement.
Rappelez vous les villages alsaciens en Kabylie (là aussi, si le climat de la Kabylie avait été étudié ; il devait servir à l’implantation de  métropolitains dans la region)
Les terres agricoles de la Mitidja avaient été confisquées et distribuées aux européens (italiens, allemands, maltais ; français ; portugais) et tout avait, de ce fait, trouvé son compte.

Mouloudj :de 1854 à 1857, vous dites  que la même histoire se répète en 1958, de quel coté les événements se ressemblent.
 
SiHadj : Oui , l'histoire se répète. En 1956, depuis l’installation du camp à Iferhounene, nous avions subi les affres de la même politique que celles subies par nos ancêtres pendant et avant la conquête française.
Pour ne parler que de cette invasion impérialiste française, nous dirons que dés installation de ses forces armées en Kabylie (rappelons que ce camp a été implanté en 1956) la même stratégie a prévalu  : la spoliation, la répression, la privation des populations ; nous pouvons conclure que la présence du régime colonial avait pour objectif l’exploitation à ses fins des richesses du pays, l’asservissement de la population et l’élimination de l’intelligence autochtone susceptible de remettre en cause le fait colonial.

Mouloudj :l’idee d’assimiler les algériens aux français était une idée défendue  bec et ongles  par ses adeptes, vous dites dans un passage que cette idée «  est hypocritement avancée et était entièrement fausse «  n’était elle pas une idée qui avait fait son chemin à cette époque ?

Si Hadj : Il demeure, pour ma part, indéniable que toute idée d’assimiler un peuple à un autre, différent dans toutes ses caractéristiques  de l’autre était et demeure un leurre. une propagande , et donc une hypocrisie du colonisateur.
Il me parait, difficile d’admettre qu’il suffirait d’occuper un pays  pour assimiler son peuple. Les exemples font légion et je ne veux m’étaler là-dessus

D’abord, devons nous poser la question, quel intérêt aurait une puissance colonisatrice, de nos jours  par exemple, à assimiler un pays qu’elle colonise ?
La réponse à cette question nous éclaire sur le caractère  propagandiste de cette affirmation
Cela fait partie des moyens mis en œuvre par la puissance impérialiste pour faire admettre par l'opinion publique internationale et celle de son propre pays , ce qui n'est autre , qu’une occupation indue d’un territoire étranger.

Aujourd’hui on parle des effets bénéfiques du colonialisme ? C’est dire que la cause coloniale des puissances occupantes a quelque chose d’immorale pour passer aux yeux des hommes politiques  de nos jours. On s’attelle alors à en effacer les séquelles qui empoisonnent présentement, la gestion des relations bilatérales.
Ce sont les conséquences de la guerre qui viennent nous rappeler qu’il existe des revendications socio economiques que l’homme politique metropolitain devra assumer :
- les harkis
- -les pieds noirs
- Les handicapés physiques et mentale conséquence de la guerre
- Relations  avec l’ex colonie
,
Le cas de la France est encore plus actuel pour le citer  comme exemple. Les conséquences sociales de la guerre d’Algérie sont encore criardes  de nos jours et occupent les discours des campagnes électorales françaises, soit 50 ans après l’indépendance .le cas des harkis, dont j’ai parlé dans mon livre «  fils de fellaga » et même dans la guerre franco algérienne dans la poésie populaire kabyle » en fait dans le second ouvrage ce n’est pas moi qui parle c’est la vox populi. Je ne suis pas poète, mais j’ai reproduit ce que la poésie populaire produit dans de telles circonstances exceptionnelles de guerre. Ici on décrit les affres , les viols , les bombardements, les exécutions sommaires , les destructions et incendies de maisons kabyles dans les villages Iferhounéne , Tifilkout , Taourirt etc..


Il apparaît  au grand jour que les théoriciens de la conquête  coloniale ont trompé le peuple français et commis des actes répréhensibles comparables aux tristement célèbres exterminations des populations juives d’un tristement célèbre nazi.
Je n’exagére par en disant cela. Et si j’ai désigné un certain lieutenant de l’active de l’armée coloniale de ce terme , il n’y aura pas plus aisé qu’ à en enquêter pour se rendre compte que je n’ai sans doute rapporté que 10 % de ses agissements criminels. Dans le même temps je n’ai pas hésité à dire ce qu’il est de mon devoir de dire sur « un harki de circonstance » , si je puis me permettre ce qualificatif (voir le paragraphe  du livre intitulé  «  un harki dans les secrets de Dieu »)

s’il pouvait y avoir une assimilation de la population algérienne , pourquoi , au jour d’aujourd’hui , les harkis , sans vouloir les défendre dans cette situation , n’arrivent ils pas à obtenir ne serait ce le statut de résident pour certains d'entre eux.Cette catégorie psychosociologique je dirais , car ils ne peuvent être assimilés à un peuple , ni à une association ni  à une caste religieuse , s’est trompé de direction , à cause  de sa misère psychologique ,de la faiblesses de ses convictions dues pour beaucoup d’entre eux à l’ignorance que les stratèges français ont exploité à fonds.

La position actuelle de la France vis a vis de cette catégorie  reste ambiguë. Pour ne pas dire indifférente. Et c’est à peine qu’ils sont évoqués à l’occasion de campagnes électorales, ce-ci dit, je me dois d’avouer que je ne les supporte pas pour la simple raison que je ne suis jamais arrivé à comprendre pour quelle cause ils se sont battus ou avaient ils été contraints de se faire tuer. Bien que certains d'entre eux se soient engagés avec le zèle que l’on connaît et parfois même se  sont faits remarqués par leurs violences y compris envers leurs propres liens parentaux. Je ne citerais pas d’exemples malgré que j’en détienne plus d’un et des plus édifiants.

Logiquement donc les harkis se disent avoir servi la France dans sa mission civilisatrice. Est ce pour autant que les harkis peuvent aujourd’hui prétendre qu’ils sont des français à part entière ?

La question s’adresse aux instances françaises et elles seules peuvent répondre. Je n’ai pas cherché à m’immiscer dans les affaires franco-françaises, mais, pour l’heure je crois dur comme fer qu’un harki n‘est pas  français, car  tout le distingue du français, sauf la violence qui l’a lié dans le passé colonial envers les algériens. Ce qui se passe présentement en France  n’est pas l’objet de mon propos, il est de la stricte compétence des hommes politiques actuels qui ont hérité de ce passé peu  glorieux.

Ce problème des harkis a été crée par la colonisation et reste un problème car il n’est pas un signe annonciateur de l’assimilation si tant est que cette idée peut porter ses fruits. Voilà dans quel sens, je dis que l’assimilation est un leurre. C’est l’approche sociologique que je réserve à ce phénomène.

En définitive il s’agit plus de rejet par la France des harkis que d’assimilation dont il faut parler aujourd’hui- et c’est d’autant vrai que cela est justifié car ils constituent un fardeau pour l’économie française.- or nous savons que la question de la colonisation est une question économique avant tout.
Pour dire l’idée de l’assimilation a fait son chemin, je réponds que oui- mais dois je ajouter pour être plus complet que cette idée n'a été rendue possible que parce que nous avions à faire à un peuple analphabète, touché de plein fouet par la misère et les maladies.- c’est en d'autres termes le et les mirages miroités par la puissance industrielle qui a fait son chemin. C’est le cas spécifique de l’Algérie, car je dois dire du reste que « le collabo » n’est pas une création de la guerre d’Algérie.

Et nous savons que les managers,  y compris militaires sont des marchands de rêves. Sur ce point je suis entièrement d’accord avec vous mais après, le colonialisme s’est montré sous  son vrai visage : exploiteur, ségrégationniste, violent, criminel, génocidaire.
A titre illustratif, remarquer l’évolution du discours du général de gaulle de 1958 à 1962 :
De partisan de l’Algérie française, il passe sans aucune gène, ni remord  à l’Algérie indépendante (la paix des braves).

Mouloudj : A l’instar de beaucoup d’historiens et de témoins  sur cette période, vous refusez de l’appeler  «  guerre » mais vous la nommez « génocide  », pourquoi ?

Si Hadj :Il faut rappeler que l’occupation de l’Algérie à ses débuts, à part le débarquement à Sidi Ferruch et les batailles qui s’en étaient suivies (Fort  L’empereur, et Bab El Oued (la maison du dey)  pour l’occupation d’Alger ne pouvaient pas  être qualifiées de guerre.
Il s’était agi d’une puissance venue envahir le territoire d’un peuple beaucoup plus paysan, montagnard que citadin, qui n’avait aucune industrie ni armée organisée et avec le départ des  turcs le pays s’était retrouvé sans aucune autorité centrale  et sa cohésion s’était disloquée.
Ce n’est qu’après l’occupation que les algériens ont commencé à s’organiser et les  maquis se créer, sous l’égide de notables comme l’Emir Abdelkader,El Mokrani , Lalla Ftama N Soumer. Ce- ci concerne bien évidemment l’époque de l’occupation française.
 De plus les moyens étaient  inexistants, et les communications rendus impossibles par la présence de l’occupant pour unifier l‘action révolutionnaire

Je ne pouvais pas parler de guerre devant ce déséquilibre  avant 1954, car la supériorité de l’ennemi n’a rencontré dans la plupart des régions du pays qu’un peuple bédouin, illettré  et démunis de moyens parfois même dans une situation socio économique  précaire.
.
Même après 1954 quand le FLN avait pris les armes  pour défendre le territoire  national les moyens étaient rudimentaires  et le déclenchement du 1er novembre 1954 avait d’abord  une portée symbolique.

Il était un signal à la communauté internationale  que l’Algérie refusait la domination coloniale, la présence de l’occupant étranger.

Cette volonté de chasser  l’occupant qui persistait à vouloir présenter l’image d’un pays pacifié en tout cas  a évolution vers une véritable organisation armée en dépit des moyens qui faisaient défaut.
L’opinion internationale avait été  leurrée, envoûtée par la propagande coloniale «  des possessions françaises d’Afrique » qui ouvraient des débouchés pour tous les européens ; c’est dire que tout le monde occidental  trouvait son compte dans cette affaire.
Il fallait donc un autre son de cloche, qui avait trouvé son écho dans les pays arabes et les pays de l’Est d’abord.

 C’est le FLN de 1954 qui l’annonçait

Mais la puissance de la France coloniale  n’avait rien de comparable avec ces fusils de chasse  ou ces vieux pistolets brandis courageusement  de l’autre coté du conflit.

Sachant qu’elle perdrait sur le terrain politique la France avait alors accéléré  le processus d’occupation et de pacification en utilisant la politique du tout sécuritaire «  d’ou l’opération  de  police, et ensuite la remise du pouvoir aux militaires( voir mon livre «  la guerre franco algérienne dans la poésie populaire kabyle » aux éditions publibook-Paris)
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Alors nous avons d’un coté  une armée régulière, bien entraînée et suréquipée, de l’autre quelques «  fellaghas » appelés aussi, rebelles ou hors la loi. Armés de fusils de chasse  de PA et d’armes blanches, noyés dans une population inconsciente, analphabète et affamée.

C’est dans ce sens  que le combat ne peut etre véritablement qualifié de guerre.
Il s’agissait en fait d’une agression, et son ampleur a pris par la suite la dimension d’un génocide.

 C’était quoi alors une armée régulière qui massacrait tout ce qu’elle trouvait sur son chemin en utilisant les armes  les plus modernes de l’époque.

du reste concernant ce génocide déjà avant 1954  , je ne fais que me référer aux témoignages de ces hommes de sciences , ces intellectuels français qui ont fait partie de ces expéditions.
L’Histoire  se répète, les massacres, le génocide se reproduit  durant la période de 1954 à 1962, avec ses multiples opérations (Challe, Jumelles, brumaire etc.)  Utilisant les armes  les plus modernes de l’époque  y compris l’aviation, les blindés, les bidons de napalm
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Mouloudj : les demonstrandum publiques des crimes seront gravées dans la mémoire de ce petit illettré, mais qui transmet de bouche à oreille y compris sa culture et sa tradition à travers les siècles «  un pan entier de notre histoire reste prisonnier de l’oralité, n’est pas venu le jour d’écrire ces histoires ?

 Si Hadj : Parfaitement. Il s’agit précisément de cela. Ce qui m’a poussé à écrire pour  faire connaître ces événements qui, dans d’autres lieux  auraient certainement ameuté  les instances  internationales pour, vite,  constituer des commissions d’enquête, un tribunal international.
Ce qui s’était passé  en Kabylie n‘est pas moins  dramatique ou génocidaire que ce qui se passe actuellement  un peu partout dans le monde  pour n’avoir pas attiré rapidement l’attention des instances internationales.

Mais ce qui me semble plus grave encore,  plus dramatique, génocidaire, c’est l’absence de témoignages écrits sur cet épisode  de l’histoire de l’Algérie. Nous sommes en train de tuer notre Histoire, et par conséquent nous tuons une seconde fois nos aînés morts pour l’indépendance de ce pays.

Faudrait il attendre l’ouverture des archives ? Et quelles archives ? Celles  bien sur écrites par la puissance occupante. En attendant, notre histoire continue de se transmettre de bouche à oreille alors que le reste du monde se met  à la numérisation de l’information.

Et si la mémoire collective est infaillible les habitudes changent, les déplacements de population font quelque peu oublier  les événements.
Pourtant, ces événements ne sont pas passés  inaperçus pour les témoins venus avec les conquérants pour leur accorder  toute leur attention. Car souvent malheureusement, on se heurte au problème de neutralité, et donc de l’objectivité.

A Bertherand avait- il ignoré ou simplement occulté volontairement qu’en 1854-1956 et 1957 la voix stridente et vibrante en même temps qu’il avait entendue, lors de l’attaque du bivouac de Timezguida n’était autre que celle de la Velléda Lalla Fatma N Soumer

Pour revenir à une autre partie de votre question ; celle des exécutions sommaires  entre 1954 et 1962, et pour les des soldats français  tués aux combats il n’en reste qu’un vague souvenir des jeunes d’aujourd’hui de l’époque, aujourd’hui  retraités ou décédés – mais la nouvelle génération a vu ses centres d’intérêt déplacés  sur l’émigration, l’Internet, la recherche du pain quotidien mais jamais sur les événements passés. Ce qui me semble encore plus grave c’est la fuite de nos jeunes vers d’autres nationalités (naturalisation) en tout cas cette jeunesse , qui n’est pas a blâmer , n’est point tournée vers la connaissance de l’histoire de leurs ancêtres  lesquels ont pourtant payé un lourd tribut. -il est vrai qu’ils sont maintenant, nos jeunes, tournés vers d’autres préoccupations légitimes et prioritaires : celles de livrer bataille a d’autres problèmes  quotidiens qui menacent leur avenir.

 Je ne terminerai pas ce volet sans ajouter qu’il est temps que l’Algérie reconquisse le trésor précieux  qu’est son Histoire et pour rien que pour cela au risque d’être traité de chauvin,  je soutiens les efforts déployés par tout homme de bonne volonté tendant à la récupération des archives nationales.
Ceci d’un coté. De l’autre je me suis permis d’adresser une lettre à nos députés – en raison de l’importance  que j’accorde personnellement  à cette partie de notre personnalité qu’est l’histoire de nos ancêtres, pour les inviter à dire leur mot sur cette question fondamentale-vous pouvez lire l’intégralité de ce message dans le livre «  fils de fellagha ».

Les faits vécus sont historiques, ils ont trait à l’existence, la survie même de nos ancêtres, et par voie de conséquence de notre peuple, méritent plus que l’oralité. Ils doivent etre inscrits dans les supports modernes. J’ai personnellement jugé que l’exécution sommaire opérée par le peloton du lieutenant Pelardi  doit etre porté à la connaissance du monde entier. Pas seulement des citoyens berbérophones .C’est dans ce sens que doit se révéler à nous le caractère universel de l’Histoire. Voilà ce qui justifie en partie, mon livre. Écrit en langue française, et qui sera traduit incessamment dans les langues arabes et anglaises.

D’autres ouvrages paraîtront bientôt aux éditions publibook  pour continuer cette œuvre qui me tient à cœur. Dieu sait, la matière ne manque pas, déjà à mon niveau , et après chez des témoins qui ont survécu à cette dragédie.
C’est ainsi que les titres suivants seront bientôt mis à la disposition du lecteur
- la guerre vécue par un chasseur alpin et un fils de fellagha
- la poésie kabyle et la guerre de libération -tome 2
- les fellaghas, les harkis et la France

Mouloudj :votre deuxième ouvrage intitulé un soldat français m’a raconté la guerre vécue en Kabylie, peut on savoir quelle période vous a raconté ce soldat et en  quelle région se sont déroules les événements

 Si Hadj : Cet ouvrage qui paraîtra dans quinze jours est déjà approuvé par le comite de lecture

En fait il s’agit du troisièmement ouvrage, puisque les deux premiers qui sont déjà en vente aux éditions publiables , Sont :

1. fils de fellagha

2. la guerre franco algérienne dans la poésie populaire kabyle

Dans le troisième ouvrage Vous y trouverez des faits authentiques vérifiables  tant au niveau des archives militaires françaises que du coté algérien.

Ce soldat appelé, qui a refusé de mener cette guerre injuste a tenu à me dire la vérité sur ce qu’il avait vécu.Et je puis vous dire que sur certains faits que nous avions vécus ensemble mais chacun de  l’autre coté de la barrière ; ces événements sont fidèlement narrés
Je vous cite :
Le bombardement de TIFILKOUT
La fusillade d’Iferhounéne
Le peloton d’exécution du lieutenant PELARDI
 L’expulsion de la famille IS HADJ MOHAND  du village Iferhounéne par les commandants Wolf et FAVIER
Les harcèlements des troupes du colonel Amirouche
La mort du lieutenant Capelle à Tifilkout
 La mort de l’Adjudant Cuvilier  à Ait El Mansour dans un accrochage avec les troupes de Amirouche ,auquel avait participé mon cousin SI HADJ MOHAND Mohand OUAHMED
Les maisons brûlées de Tikilsa
Les coupures des routes
 Et bien d’autres faits sont authentifiés si je puis dire.

L'étape concerne  donc 1956 a 1962 dans la région d Iferhounene Iril El Arbi, Tifilkout Taourirt, BERBER, Ahdouche  Ait Ouatas  etc.kilsa

Mouloudj :l’opration jumelles était la plus meurtrière qu’a vécue la Kabylie , selon vous qu’est ce qui avait motivé une telle opération et comment la région avait elle fait face à cette répression sanglante

Si Hadj :
Oui absolument .et je suis bien placé pour en parler puisque ma famille a subi de plein fouet cette sauvagerie du colonialisme français

Je pense que mes ouvrages sont les meilleurs messages pour dire ce qui s’était réellement passé entre 19 juillet et le 22 août, période sur laquelle s’est entendue cette opération criminelle, génocidaire. Une phrase pour dire l’ampleur de cette extermination sytematique que je voudrais emprunter a kateb Yacine
«  Notre devise est simple,
Tuer tous les adultes jusqu'à l’age de 15 ans
 N’épargner que des chiens qui rampent à vos pieds
 Telle est , mon colonel , l’unique solution
Si je puis me permettre une pensée politique »

C’est durant cette période que, mon père, mon oncle, ma tante et bien d’autres ont été tués. Cette opération est venue après la mort de Amirouche c’est dire que la France coloniale était pressée d’en finir avec l’insurrection algérienne, car pressée de toutes parts, elle devait présenter aux instances internationales une Algérie pacifiée, et pourquoi pas assimilée même si cela ne devait s’agir en définitive que d’un asservissement totale de la population.

L’opération jumelles, avait pour but inavouée de préparer l’Algérie à l’indépendance, mais dépendante de la Métropole : je m’explique :

-  il fallait dans sa stratégie, réduire les capacités du FLN  en le privant de tous ses soutiens. D’où éliminer le maximum d’hommes soutenant ou susceptibles de devenir un soutien pour le FLN.
- préparer une organisation post indépendance pour sauvegarder l’avenir de la France coloniale en Algérie

mais la population a fait face à cette répression sanglante par une solidarité sans faille , le courage exemplaire puisque des femmes et des enfants ont participé à l’approvisionnement des moudjahiddines qui étaient soumis à un ratissage de grande envergure ou les moyens les plus sophistiqués ont  été mobilises.

Il y avait aussi la résistance des prisonniers- ne rien dire, ne rien communiquer aux tortionnaires qui puisse servir l’ennemi. C est durant cette période que les bourreaux de la France coloniale ont tué le maximum d’hommes.

Il y avait aussi la révolte des femmes (le cas de Taourirt qui avaient attaqué la section de Pelardi  à coup de bâtons pour protester contre les violences et l’incendie des maisons)
Ce sinistre individu répondait à chaque route coupée par la population par l’incendie de 4 maisons à TIKILSA.)

Mouloudj :la région d’iferhounene a beaucoup donné pour la révolution, le nombre de martyrs enregistre dans cette région prouve l’apport de cette dernière a la guerre de libération , mais aucun écrit historique digne des sacrifices consentis par cette région ne lui a été consacré. Pourquoi cela ? N' y ' t-il pas une arrière pensée derrière cette absence dans les annales de l’histoire de la guerre

Si Hadj : La région d’iferhounene a effectivement beaucoup souffert. Il ne faut cependant pas oublier qu’en certains endroits du pays, des bombardements intenses visant des lieus d’habitations, dans la vallée de la Soummam,  par exemple vers Adelkar , Elkeur : c’est cela aussi le génocide ; des milliers de femmes, d’enfants ont été sommairement exécutés ; faudrait il peut être le signaler, la population de cette région d’Iferhounéne avait opposé une résistance acharnée. Et ce qui avait rendu la répression encore plus sauvage, c’est que les commandants Favier, Wolf et le lieutenant PELARDI savaient aussi que cette population était entièrement acquise au FLN.

Les éléments du redoutable colonel surnommé , le loup de la Soummam,  parfois se payait le luxe de nous annoncer l’attaque suffisamment bien à l’avance, pour nous mettre à l’abri.Et c’était à qui rentrer son troupeau , ou simplement mettre sa propre tête à l’abri des projectiles , sans que les soldats du camp n’en sachent rien jusqu’au moment où tout le monde est surpris par les premiers crépitements , explosions  de toutes sortes.
il y avait aussi les exécutions sommaires en plein village tant à iferhounene qu’ Tifilkout Tikilsa.
Je peux également vous citer d’autres exemples  qui parlent d’eux mêmes : le cas la grotte située à contrebas de Tifilkout où le lieutenant Capelle et un autre adjudant de l’armée française avait été abattus le 14 mai 1958. Cette mort a été suivie de représailles sanglantes  sur la population de Tifilkout où 12 hommes ont été passés par les armes. Cela n’avait pour autant  pas suffi pour calmer la population et les moudjahiddines solidaires, puisque il a fallu faire appel aux parachutistes, puis au génie militaire puis à l’aviation : ce fut le massacre (voir poème populaire thargha t filkouth ou tifilkout incendiée).
Le général de Gaulle lors de sa visite à Tifilkout a eu cette phrase  très significative :
«  soldats français , vous n’étés pas ici pour blanchir la Kabylie ».parce que le général avait été accueilli dans un village de Kabylie , en  l’occurrence Tifilkout ,badigeonnée à la peinture blanche pour la circonstance , pour donner  meilleure impression au visiteur.
S’il n’ existe aucun écrit, émanant de la partie algérienne sur cette région c’est sans doute à cause du caractère oral de la culture de la région. Car voyez vous ; il n y a que les témoins qui peuvent s’exprimer sur les faits qui se déroulent dans une région. L’ère du journalisme international n’était pas encore né. Le crime se déroulait à huis clos dans cette région fermée sur elle même, enclavée, dominée, verrouillée.
les seuls écrits qui existent malheureusement sur la période vécue  par cette région entre 1854 et 1857 sont de A Bertherand qui parlent de thiferounen pour dire Ath Iferhounéne , de Tifilkout , ou Timezguida  mais restent partisans  , car vantant les campagnes medico chirurgicales  de cette expédition de la Kabylie
Existe- il une arrière  pensée, derrière le silence qui entoure cette période et cette région ? je ne crois pas personnellement. Puisqu’il  nous appartient à nous d‘écrire et de dire ce qui s’était réellement passé.Du reste le dominateur dans une guerre n’a pas grand intérêt à divulguer ses crimes. Au contraire il doit parler de « bienfaits » de la colonisation.
 C’est notre rôle, c’est aussi notre devoir ; d’autant plus que cette question est aujourd’hui d’actualité, cependant je dois dire une chose, c’est que les instances nationales concernées ont quelque part failli à leur mission depuis 1962 (vous pouvez lire le paragraphe que j’ai consacré a cette institution nationale sur mon ouvrage «  fils de fellagha
La France a cherché à régler son problème de mémoire collective en ce qui concerne l’Algérie : là aussi vous trouverez ma réponse dans un paragraphe que j’ai intitulé «  ce que les jeunes français doivent savoir sur l’Algérie française  »
Cette question comme vous le savez empoisonne les relations algero- françaises et qui continuera à les affecter pendant longtemps. Il y a beaucoup d’efforts et de concessions qui doivent etre faits de part et d’autre certes, mais il y a des points qui ne peuvent etre occultés :
Le préjudice subi, la question des harkis ; non pas dans le sens de leurs revendications socio économiques, mais dans la gestion de cette question dans le future, les archives nationales, enfin les relations commerciales .ce sont ces mêmes thèmes qui, du reste reviennent de façon récurrente dans les discours officiels tant français qu’ algériens et qui monopolisent les campagnes électorales outres méditerranée

Mouloudj : vos deux ouvrages peuvent être considérés comme un témoignage sur cette période ?

 Si Hadj :  Absolument. Ils  sont un récit d’une vérité innocente puisque je ne fais que  raconter mes souvenirs d’enfance. Du reste pour les poèmes populaires, je n’ai fait que les transcrire en kabyle et traduire en langue française. D’autres poèmes vont venir pour compléter cette période de 1954 a 1962

Mouloudj : ne sont ils pas un prélude a d’autres :

Si Hadj :  Oui, vous l’avez deviné
Puisque trois autres ouvrages sont déjà prêts pour être mis sur les librairies

1. poesie kabyle et guerre d’Algérie

2. la guerre vécue par un chasseur  et un fils de fellagha
- un chasseur alpin  faut le préciser, est un soldat français affecté dans les zones montagneuses. La Kabylie a été occupée par des chasseurs alpins

3. les fellagas, les harkis et la France

Mouloudj : travaillez vous sur les archives

Si Hadj :Oui bien sur  mais je fais en même temps un travail de comparaison, de validation de faits
Je lis la littérature émanant d’auteurs français généralement impliqués dans cette guerre ; je cite Garnier "en Algérie avec les harkis ", Conroux  dans " la Kabylie des chasseurs alpins" terre de nos souffrances " mais aussi je lis les auteurs algériens et les archives classées (bibliothèque nationale française) pour la période de1954 a 1962 par exemple.Il y a la presse de l’époque qu’il ne faut sous- estimer.

Mouloudj :une grande partie des archives  reste inexploité,  vu la difficulté d’y accéder, quel commentaire ferrez vous ?

Si Hadj : Cela est une question d’ordre économique, vous devez savoir que les pays capitalistes monnayent tous leurs atouts. A l’heure actuelle la France tire profit de ces archives puisque les informations qu’elles contiennent font l’objet de commerce.Tenez ; vous voulez par exemple accéder à certains ouvrages au niveau des bibliothèques françaises, vous devez payer des ouvrages  à des prix prohibitifs.
Cela rapporte beaucoup d’argent. Je ne crois pas personnellement qu’il puisse y avoir un autre motif de rétention. Il n y a  de mon point de vue aucune entre autre qu’économique à ce transfert d’archives. C’est la règle du donnant donnant
J’ai fini personnellement par comprendre que dans les pays occidentaux tout se vend absolument tout
 Il n y a pas de frein politique. La France est en proie a une crie dangereuse, il se doit de faire fructifier tout ce qui peut l’être. De la technologie nucléaire jusqu’au petit renseignement sur l’histoire.
C’est mon point de vue, il n’engage que moi-même  bien sur.

Mouloudj :l’Algerie vient de signer un accord pour le transfert des archives audio visuelles, quel commentaire ferez vous
Si Hadj : C’est un pas  insuffisant mais un pas tout de même. Car voyez vous cela ne constitue qu’une infime partie des archives nationales d’autant plus que l’audio-visuel à l‘époque n’avait atteint la performance d’aujourd’hui. Un journaliste envoyé sur la ligne de front peut vous fournir aujourd’hui l‘histoire de la guerre d’irak. Ou celle de Darfour, ou encore le conflit Isræl-Hisbollah libanais avec une précision remarquable
C’est vous dire que l’audio visuel aujourd’hui  constitue l’essentiel, ce qui n’était pas le cas en 1954. Je mettrais personnellement l’accent sur les archives écrites .ce ci dit, je soutiens  l’accord qui vient d’être signé, il faut avancer dans cette direction.

Mouloudj :avec quelle méthode de travail analysez vous les archives et les récits qu’on vous raconte.

Si HADJ :D’abord, je sélectionne mes sources d’informations
Pour ce qui est des sources françaises, elles sont généralement l’émanation d’hommes des sciences (docteur Bertherand, jacquot, Dussouhet,  donc des spécialistes en la matière qui ont une dose importante de probité et de sérieux dans l’analyse et la narration des faits malgré leur engagement, que l’on remarque aisément dans la politique assimilationniste ou annexionniste. il reste que les faits racontés sont véridiques mettons de coté l’aspect passionnel
Pour ce qui est des témoignages, ils émanent de plusieurs personnes   pour un même fait, dans ce cas je fais des recoupements, appuyés par mes connaissances, mon expérience personnelle de ces mêmes faits quand c’est vraiment le cas ( 1954-1962)
Il y a une chose très importante, en ce qui concerne les noms cités, il ne faut pas se tromper car on risque de tomber dans la diffamation.
Je ne rapporte donc que des faits notoirement connus prouvés et vérifiables y compris dans les archives françaises ou algériennes disponibles

Mouloudj : l’Algérie exige de la France des excuses et la reconnaissance de ses crimes en Algérie. Quelle lecture faites de cette revendication et selon vous sur quelle base doit se faire une reconnaissance

Si Hadj : Ma réponse est claire et ne souffre d’aucune ambiguïté sur ce sujet bien précis. Mon opinion, je l’ai exprimée dans mon ouvrage «  fils de fellagha » que je vous livre ici en quelques mots
S’il agit d’un génocide, l’Algérie  a-t-elle le droit moralement d’exiger simplement des excuses de la France ?  Un génocide en d'autres termes peut-il être réglé par une négociation ?
Que vise- t- on à travers cette formule ? Quel intérêt les deux pays peuvent ils en tirer de cette façon de présenter les choses ? N y a-t-il pas là une arrière pensée de part et d’autre ?
Par conséquent, sans être tout à fait d’accord avec le président français Sarkozy, je dis que l’Algérie n’a pas à demander des excuses à la france. Et que l’Algerie n’a pas à excuser le génocide commis sur des personnes qui ne sont plus là, en vie pour s’exprimer.
Cette question d’excuse, elle concerne d’abord en premier lieu ceux qui sont victimes de ce crime ; à savoir 1 500 000 victimes algériennes et 30  000 du coté français, que personne ne peut représenter aujourd’hui.
 C’est dans ce sens que j’ai dit dans mon livre que je ne peux parler au nom des morts, je leur dois un respect religieux, je respecte leur volonté, ils ont assumé, nous devons continuer  à assumer, cette guerre. nous sommes fiers d’eux , ils ne sont pas morts pour rien ! leur mort est bien plus précieuse pour accepter des excuses. on ne s’excuse pas devant un mort.

Mouloudj :  vous publiez aussi des articles sur l’exploitation des eux minérales et celle de l’huile d‘olive en Kabylie, d’histoire a l’économie, comment ça

Si Hadj :Oui, pas seulement sur l’huile d’olive ou sur les eaux minérales, mais de façon générale sur la macro-micro économie
J’exerce en qualité de consultant dans un bureau de management, de gestion de projets
J’ai également parlé des entreprises algériennes  qui affrontent la mondialisation, de la gestion rationnelle des entreprises quelques elles soient publiques ou privées  ce sont en fait des thèmes qui ne sont pas incompatibles ; pour moi c’est l’économie qui mène le monde

 Et l’histoire de la colonisation de l’Algérie, et de l’Afrique en général n’a été qu’une histoire d’économie, de survie d’un système de production que l’on appelle l’économie capitaliste dont le stade suprême n’est autre , encore une fois , de mon point de vue , que l’impérialisme.
Cette idée est de Marx, mais sans être marxiste, j y adhère pleinement.

Mouloudj : un dernier mot
SiHadj :Parlant d’économie, de survie, je pense à la kabylie. Et quand je pense à la Kabylie  je pense en fait à l’Algérie toute entière.

La survie de l’Algérie réside dans son développement rapide. Tout retard accumulé, peut lui etre fatal. Et c’est les générations  montantes qui en pâtiraient. Je souhaiterais que les instances du pays, travaillent avec acharnement pour résorber tous les problèmes que rencontre la jeunesse algérienne,  les volontés existent, il suffit d’un peu de bon sens et de beaucoup de nationalisme. Il y a quelque part un peu de fléchissement de ce coté là.
J’ai parcouru l’Algérie d’Est en Ouest et du Nord au Sud, les mêmes problèmes reviennent  de façon récurrente :
• Chômage
• corruption
• Hogra
• Et laisser aller