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L’Ascension
- Par Sarah HAIDAR
- Publié 09/9/2007
- Nouvelles
- Pas noté
Il n’a jamais su à quel moment il fallait arriver. Il pensait trop pour être exact. Il ne croyait pas à la Providence. Il s’armait d’une totale indifférence contre le monde…
Elle l’appela lorsqu’il était accroupi sur un livre y cherchant une ombre quelconque. Il a toujours aimé les ombres. Mais elle l’a appelé et demanda à le voir. Elle n’était pas la femme qu’il aurait aimé aimer mais il l’aimait, espérant et priant qu’un jour, il ne l’aimera plus.
Il pensa au ciel en conduisant. Il se dit que sa pureté à elle seule pourrait le convaincre de faire demi-tour et de ne pas aller voir la femme qu’il n’aurait pas dû aimer. Il pensa aussi qu’il roulait vers elle, uniquement vers elle ! Et c’était intense, et c’était cruel…
Il s’imaginait déjà ce qu’elle allait lui raconter. Des choses sans importance, quotidiennes, métaphysiques. Les tristes traits de la vie d’une femme ne pouvant être que femme. Les phrases fatiguées de se répéter à chaque fois. Des détails anodins écrasés par le poids du néant, une vie qui traîne et qui se narre devant ses yeux, sans intrigue, sans dénouement…
Pourquoi devrait-il toujours succomber à ses appels, à cette voix épuisée néanmoins pleine de douceur ? Pourquoi allait-il vers elle ? toujours vers elle…
Il n’arrivait jamais à temps. Même dans les plus simples choses de la vie, il arrivait en retard.. Mais il avait l’impression que tous ses retards cheminaient vers une fin précise, un but qu’il n’atteindrait qu’en arrivant trop tard, une métamorphose, une nouvelle ère qui commence, un Salut…
L’ascenseur allait se refermer. Elle habitait au dixième. Il était fatigué, autrement il aurait gravi toutes les marches pour qu’une fois chez elle, la fatigue le domine et l’empêche d’avoir envie d’elle…
Il courut vers l’ascenseur, y trouva une jeune dame aux cheveux blonds vêtue d’un manteau de vison étrangement tendre. Il avait envie de dormir entre ses bras… Ils se frôlèrent un moment. Une bague brillait dans sa main gauche mais ses yeux semblaient ne plus briller depuis longtemps… Elle était comme lui : fatiguée mais contrainte à rejoindre ce qui pour elle est devenu la seule vérité, préoccupante, tourmentante, précieuse mais détestable !
Ils étaient seuls dans l’ascenseur. Elle appuya sur le six et lui sur le dix. Elle sentait ses regards la déshabiller corps et âme. Elle semblait entendre dans ce majestueux silence une prière, un appel : « Si vous me demandez de tout quitter : ma vie, mon travail, mon monde pour venir avec vous, je le ferai ! ».
Il la regardait pendant que l’ascenseur prenait un malin plaisir à ralentir ses marches. Il la regardait et lisait sur son profil luisant de blancheur une prière, un appel : « Si vous me demandez de tout quitter : ma vie, mon foyer, mon monde pour venir avec vous, je le ferai ! ».
Leurs yeux se croisèrent pour la première fois lorsque l’ascenseur, cette capricieuse machine providentielle, arriva au sixième étage… Il la regardait s’éloigner puis la porte se referma et il poursuivit seul son Ascension vers l’Enfer…