-Nous sommes tous les deux vêtus de noir. Est-ce une coïncidence ?
-Ca ne pourrait en être une puisque les coïncidences n’existent que dans la mesure où les hommes se trouvent dans l’incapacité d’expliquer les faits logiquement.
-Alors, puisque ce n’est point une coïncidence, à l’enterrement de qui allons-nous ?
-Chaque moment que nous vivons sur terre est un enterrement, celui de l’Humanité.
-L’Humanité, n’en finira-t-elle donc jamais de mourir ?

-Elle cessera de le faire lorsqu’elle commencera à aimer la vie.
-Allons-nous donc assister à cet enterrement ? Où a-t-il lieu ?
-Il a lieu chaque seconde, partout où le regard peut se poser, dans chaque grain de sable, chaque souffle d’air, chaque rayon, chaque bulle, chaque brise… En chaque chose, bourgeonne le pétale de sa mort, et chaque instant qui passe célèbre la cérémonie funéraire de la défunte Humanité.
-Où allons-nous donc si ce n’est à cet enterrement monotone et éternel ?
-Nous ne savons point où nous allons ni d’où nous venons ni même où nous sommes !
-Que savons-nous alors ?
-Nous savons uniquement de quoi nous avons peur et qui nous fuyons.
-Serait-ce la mort ?
-La mort n’est qu’un visage parmi d’autres de nous-mêmes. Ce n’est point elle que nous fuyons mais c’est la dense et douloureuse conscience de son existence, de cet enterrement perpétuel râpant et écrasant l’Humanité à chaque instant.
-Et quand cesserons-nous de fuir ?
-Lorsque se taira la conscience.
-Quand se taira-t-elle ?
-Lorsqu’elle ne pourrait plus prendre conscience de la mort et de l’enterrement.
-Serait-ce possible ?
-Avec la mort, rien n’est possible. Tout est à inventer, à imaginer…
-La conscience arrivera-t-elle un jour à imaginer qu’elle n’a plus conscience de la mort ?
-Peut-être, à ce moment là, l’Humanité cessera-t-elle de mourir.
-Et commencera à vivre…
-Eternellement…
-Une vie éternelle ne serait-elle pas pareille à un enterrement éternel ?
-Cesse donc de parler et observons ce majestueux coucher du soleil !