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- Et si tu lui parlais ?!
Et si tu lui parlais ?!
- Par Sarah HAIDAR
- Publié 09/9/2007
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- Pas noté
-Que veux-tu de la vie ?
-Rien.
-Peux-tu m’expliquer ce que signifie le mot rien ?
-Non.
-Aimes-tu Dieu ?
-Oui.
-Pourquoi ?
-Parce que je ne le vois pas.
-Tu devrais aimer, alors, tout ce que tu ne peux voir. Pourquoi ?
-Parce que j’ai le droit de l’imaginer.
-As-tu un espoir ?
-Non.
-Comment, alors, continues-tu à vivre ?
-Parce que le désespoir est une autre forme de vie.
-Es-tu libre ?
-Non.
-Qu’est ce qui te limite ?
-Mon ignorance.
-Le savoir est-il nécessaire ?
-Chez-nous, non.
-Qu’est-ce que le « chez-nous » pour toi ?
-Le monde.
-Y a-t-il un autre endroit qui n’est pas le « chez-nous » ?
-Oui : le « chez-moi ».
-Où est-il ?
-Quelque part.
-Vas-tu y arriver un jour ?
-Je ne sais pas.
-Te sens-tu étrange dans ce « chez-nous » ?
-Oui.
-Crois-tu que la mort est un moyen d’atteindre le « chez-moi » ?
-Ca dépend.
-De quoi ?
-De la mort et de sa destination que personne ne connaît.
-Pourquoi tes réponses sont-elles aussi brèves ?
-Parce que je suis ignorante.
-L’ignorance est une maladie incurable ; n’est ce pas ?
-Pour le moment.
-Jusqu’à quand ?
-Je ne sais pas.
-Crois-tu que c’est vrai ce que tu dis : « je ne sais pas » ?
-Je ne sais pas.
-Es-tu schizophrène ?
-Oui.
-Est-ce un conflit entre le mal et le bien ?
-Non. C’est un conflit entre Le Sens et le non-sens.
-Trouves-tu dans ta schizophrénie une source de création ?
-Plutôt une source d’absurdité.
-Tu crois que la vie est absurde ? Pourquoi ?
-Parce que l’homme est mort dès sa naissance.
-Y a-t-il une preuve ?
-Non.
-Pourquoi ?
-Parce que, justement, la vie est absurde.
-Qu’est ce que la conscience pour toi ?
-Le troisième acteur dans ma schizophrénie.
-Y a-t-il d’autres acteurs ?
-Oui.
-Les connais-tu ?
-Non.
-Essaies-tu de faire un peu d’équilibre entre les différents acteurs de ta schizophrénie ?
-Je ne pourrais le faire.
-Pourquoi ?
-Parce que je ne suis pas maîtresse de moi-même.
-Fais-tu quelque chose pour l’être ?
-Non.
-Pourquoi ?
-Parce que je sais que tout effort sera vain.
-Comment le sais-tu ?
-Je le sais !
-Et la solution ?
-Rien.
-Même Dieu ?
-Dieu n’est pas une solution. C’est un but auquel aucune solution ne mène.
-Où trouves-tu refuge ?
-Dans le sommeil ; j’aime dormir.
-Pourquoi ?
-Parce qu’il y fait noir. Je ne vois rien.
-Est-ce un problème pour toi de voir ?
-Oui.
-Pourquoi ?
-Parce que je ne comprends rien de ce que je vois.
-Ca te fait mal ?
-Non parce que je ne comprends pas mais parce que tout le monde croit avoir compris.
-Ca te fait douter ?
-Non.
-Pourquoi ?
-Parce qu’ils sont des ignorants, tout comme moi.
-Tu es comme tout le monde alors.
-Une part de moi seulement.
-Et les autres ?
-Je ne sais pas.
-Qui suis-je à ton avis ?
-Moi ?
-Je ne sais pas !