Steve Jobs, le patron d'Apple, a clairement annoncé la couleur pour la rentrée: l'iPod se veut plus ouvert sur le partage et sur l'innovation, tandis que l'iPhone se veut (déjà) moins cher. Mais en réduisant d'un tiers le prix de son téléphone, l'entreprise américaine a prêté le flanc à la critique et suscité des interrogations. Le pari des volumes sera-t-il gagné ?
Steve Jobs, le patron fondateur d'Apple, a l'habitude de déjouer les pronostics. Depuis plusieurs semaines, les spécialistes illustres ou anonymes des produits à la pomme dissertaient sur la cure de rajeunissement attendue de l'iPod, le produit vedette de la firme vendu à plus de 110 millions d'exemplaires depuis son lancement en 2001. Lors d'une conférence tenue hier à San Francisco, Jobs a non seulement dévoilé ses innovations mais aussi jeté un pavé dans la mare en réduisant significativement le prix de son iPhone, lancé en juin aux Etats-Unis.
Il en coûtera désormais 399 dollars au lieu de 599 dollars (292 euros au lieu de 438) au consommateur américain pour s'offrir le terminal téléphonique dans sa version haut de gamme de 8 Giga (GB). La version 4 GB sera arrêtée à l'épuisement des stocks. Il se murmure déjà que cette décision est le reflet d'un essoufflement des ventes après des débuts euphoriques. Apple clame qu'il n'en n'est rien et son dirigeant assure "nous sommes en bonne voie pour vendre notre millionième téléphone avant la fin du mois de septembre". Pour un bon connaisseur du dossier, cela indique plutôt qu'Apple pourrait lancer un modèle plus puissant dès Noël, disposant éventuellement de fonctions 3G, vendu au prix de son ancien iPhone 8 GB. La firme de recherche américaine iSuppli ne croit pas non plus à la théorie du ralentissement des ventes. "Même si certains ont spéculé sur le fait que cette décision est une réponse à un ralentissement des ventes, les recherches consommateurs d'iSuppli montrent que l'iPhone s'est mieux vendu que tous les Smartphones et apparentés concurrents aux Etats-Unis en juillet", explique le bureau d'études, qui a calculé que l'iPhone représentait en juillet 1,8% de l'ensemble des terminaux mobiles vendus outre-Atlantique.
L'iPod devient plus complet
Le "lifting" de l'iPod est double. D'abord, la série "vidéo" est rebaptisée "iPod classic" et s'enrichit d'une version 160 GB qui rejoint celle permettant de stocker 80 GB de données. "Le premier iPod mettait 1 000 chansons dans votre poche, le nouvel iPod en met 40 000", s'enthousiasme Steve Jobs pour cette sixième version du lecteur star. Il sera équipé de l'interface "Cover Flow", le catalogue de musique maison très apprécié des utilisateurs, et bénéficiera d'une finition métal. Un nouvel iPod nano est également au programme, enrichi d'une fonctionnalité vidéo. La réelle nouveauté demeure cependant l'iPod touch, une sorte de passerelle entre l'iPod et l'iPhone dont il partage l'esthétique et un certain nombre de fonctionnalités, à l'exception notable de la possibilité de téléphoner. Il est pour la première fois de la série doté d'une fonction Wi-Fi, du navigateur internet Safari et dispose d'un écran large de 3,5 pouces. L'iPod touch sera vendu d'ici la fin du mois en version 8 GB et 16 GB pour respectivement 299 et 399dollars (entre 218 et 292 euros).
Afin d'alimenter tous ces petits bijoux technologiques, Apple dote sa bibliothèque en ligne iTunes de capacités de téléchargement Wi-Fi, pour un prix et un contenu identiques à ceux de la version classique d'iTunes. Le groupe a mis l'accent, avec le nano, sur le contenu vidéo bien qu'aucune annonce notable n'ait eu lieu en termes de contenus. iSuppli estime que si Apple a mis l'accent sur la vidéo en début de présentation hier, "cela n'a pas été suivi d'une annonce sur des évolutions liées aux contenus", ce qui est plutôt surprenant compte tenu de l'historique du groupe en la matière. L'analyste Chris Crotty pense que cela peut être lié au rififi avec NBC, qui cessera en fin d'année de diffuser ses vidéos via iTunes pour passer chez Amazon.
Vendre plus, pour gagner plus ?
La balle est désormais dans le camp des consommateurs américains, forcément partagés. Ceux qui ont investi dans un iPhone au prix fort ces trois derniers mois commencent déjà à élever la voix. Les autres devraient profiter de l'aubaine. La multiplication des volumes espérée par Apple, qui a prévu d'inonder en conséquence le marché, compensera-t-elle le manque à gagner sur les prix ? La question est en suspens mais la bourse a déjà choisi son camp: la sortie de Steve Jobs a été accueillie avec une grande circonspection. Hier à Wall Street, l'action Apple a perdu 5% de sa valeur. Non seulement les analystes craignaient que cette baisse de prix de l'iPhone ne cache une performance commerciale décevante, mais encore ont-ils dû revoir leurs projections de bénéfices pour l'entreprise, après cette baisse de tarifs d'un tiers. "La mauvaise nouvelle est que cela va affecter la profitabilité... Mais une fois que les chiffres de ventes d'iPhone vont prendre un biais vertical au cours des prochains trimestres, les investisseurs seront contents", prophétise l'analyste Gene Munster de Piper Jaffray.
En attendant la fin d'année, Apple a pris tout le monde à contrepied alors que se profile le lancement, en Europe, de l'iPhone. Personne ne sait officiellement qui sera désigné pour commercialiser le terminal sur les principaux marchés européens, même si des informations récurrentes laissent penser que c'est Orange qui aura ce privilège en France. Privilège cher payé, puisqu'Apple récupérerait 10% du chiffre d'affaires généré par les communications voix et données de son terminal.
Source jdd