Quelques jours en Numidie-Est ‘‘El Kala belle et...” 1ère partie

Vendredi. La météo a été plutôt clémente pour la journée. Nous n’avons pas eu à appuyer sur le bouton de la clim.

Et c’est tant mieux pour le moteur qui, ainsi retrouve toute sa puissance. 17 h. Nous arrivons à El Kala, l’extrême est du pays. Accéder au centre-ville n’est décidément pas de tout repos. Véritable gymnastique mécanique. Des bouchons partout. Même là où ils n’ont pas lieu d’être. C’est à croire que tout le parc national d’automobile s’était donné rendez-vous dans la ville du corail. Après klaxons épidermiques, coups de volant brusques et colériques  et quelques fois, histoire de décharger le trop-plein de colère, des bras d’honneurs à l’algérienne, El Kala finit par s’ouvrir aux visiteurs, transitaires pour la plupart. Un égout gros comme nos bêtises municipales déverse sa répugnance sur ce qui semble être l’artère principale de la ville côtière et va se mêler à l’odeur de friture du bourek, “le plat national d’El Kala”. On est très loin d’El Kala l’enchanteresse. Nous comprenons maintenant le “belle et sale”, l’intitulé du  papier d’un confrère à propos de la ville.

Il nous fallait décompresser et faire le plein d’oxygène, avant de prendre la direction de “Tounès el chaqiqa”. Pour ce faire, le front de mer nous semblait tout indiqué. Un parking gardé par un adolescent bronzé comme du chocolat noir  et élancé comme un rameau remué par les vents venant  de la mer accueille notre Atos qui, si elle avait était dotée d’un organe de parole, aurait hurlé : “Ahbuh ! lâchez-moi les baskets !”

Ouf, enfin à pieds ! Et ça n’use pas. L’air est plus respirable du côté de la mer. La saleté aussi, hélas! Une belle église aménagée accueille une quinzaine artisanale organisée, à en croire les banderoles, par la Direction de la culture d’El Taref.

Et c’est parti pour le tourisme local et artisanal ! La bâtisse, butin de guerre, est mal entretenue. Nous cherchons de l’artisanat. Niet ! Rien que des produits que l’on retrouve dans n’importe quel souk du pays ou trottoir squatté par les trabendistes.

A vrai dire, cela aurait était logique que la quinzaine fusse organisée (il s’agit là d’un subjonctif touristique dont la direction de la culture d’El Taref n’a certainement jamais soupçonné l’existence) par la Chambre de commerce de la wilaya. Même s’il y a beaucoup de choses à voir à El Kala, le temps nous presse. Il nous fallait fouler le sol de la Tunisie, le plus tôt possible. Mais d’abord et histoire d’économiser quelques euros, nous allons faire le plein de carburant et de cigarettes, avant de quitter “la ville aux yeux lourds” comme dans la chanson de Miryam.

 

Quand “bienvenue à nos frères Algériens” n’a pas de sens

 <?xml:namespace prefix = o /><o:p></o:p>

Oum T’boul, dernière localité vert blanc et rouge. Le village et traversé par le bitume.  Tout le long de la route, des jeunes et moins jeunes exhibent des dinars tunisiens à échanger contre du dinar algérien.  Sachant que les banques en Tunisie n’ouvrent pas le samedi et dimanche, nous avons pris la précaution d’échanger quelques dinars chez un buraliste qui nous inspirait confiance. Il faut dire que nous n’avions aucune idée du cours de la bourse parallèle. Plus tard, nous vérifierons que des bureaux de change ouvrent le samedi et dimanche. Nous constaterons aussi qu’on peut échanger ses euros dans n’importe quel bureau de poste de Tunisie.  

Poste frontalier algérien. Beaucoup de monde. Un policier, avec un sourire en prime, nous remet un imprimé d’embarcation. Notre va et vient entre la police des frontières et la douane dure un petit quart d’heure. Il faut reconnaître que la police des frontière et les Douanes algériennes sont rapides, efficaces et, en plus, accueillants.

Après quelques kilomètres ‘’saupoudrés’’ de rencontres avec des familles de sangliers qui feraient la joie culinaire de plus d’un Kabyle, nous arrivons au poste tunisien. L’édifice censé être la vitrine de “Tounès el habiba” est très loin d’égaler en espace et en beauté le poste frontalier algérien. Il ressemble à un immense café maure.  Les banderoles souhaitant la “bienvenue aux frères Algériens” cachent maladroitement le fait que ces derniers sont reçus comme du bétail. Des opérations de vérifications qui normalement durent un rien de temps s’éternisent. Les Algériens s’impatientent. La colère monte d’un cran et de deux tons. On frise l’émeute. Un jeune, un habitué sans aucun doute, hurle à la face d’un policier : “Tu n’auras rien, même si je dois y passer la nuit !”  

Il nous a fallu du temps pour comprendre que Police et Douanes tunisiennes traînent expressément pour des considérations bakchichiennes. Notre tour arrive, le policier esquisse un sourire. Au journaliste bien sûr, pas au citoyen algérien. Il va même s’essayer à l’humour. Trop fatigué et déçu même pour le regarder.  Ce n’est qu’aux environs de 21 h que nous quittons le poste.

 

Tabarka, Tunis et l’autoroute

 <o:p></o:p>

Une seule préoccupation : trouver une chambre à Tabarka, première ville côtière de Tunisie. Tous les hôtels affichent complet. Nous mangeons un morceau très épicé et très pimenté, avant de reprendre la route vers Sousse. Nous faisons un crochet du côté de Nefza où nous espérions trouver une chambre. La fatigue et la nuit nous empêchent de voir grand-chose de la petite ville. Nous avons tout de même remarqué un écriteau annonçant un hôtel. L’établissement, un quatre étoiles, est flambant neuf. Le réceptionniste nous accueille avec un sourire grand comme le mont Mimouna. Il nous expliquera que, que et que... Nous étions trop fatigués pour prêter attention à la phraséologie d’un réceptionniste rodé à l’art de vendre du vent Nous retiendrons, cependant, que son hôtel venait d’ouvrir. Ce qui explique la disponibilité des chambres. Nous n’avons même pas la force de négocier le prix de la chambre trop élevé pour notre bourse. Nous nous laissons conduire à notre premier lit en Tunisie.

Le lendemain, après un petit déjeuner copieux et agrémenté de “bonjour messieurs dames !”, nous prenons la route de Sousse. Nous marquons une halte de ‘’prospection’’ à Tunis. La capitale grouille de monde, de mécaniques et, surtout... d’Algériens. “Annaba ! Skikda !”, entend-on aux alentours de l’avenue Habib Bourguiba. On se croirait dans une gare routière algérienne. Le temps de prendre un café et autres rafraîchissements, nous reprenons la route. Pour gagner du temps et surtout éviter les crevasses de la route nationale, nous empruntons l’autoroute. La circulation y est fluide. Il n’y a essentiellement que des voitures étrangères sur le bitume. Nous ne comprenons pas pourquoi l’autoroute est de loin moins empruntée que la route nationale. Nous ne tarderons pas à le comprendre. Arrivés au péage, nous trouvons  l’explication. En fait, le droit de passage avoisine les 2,5 dinars tunisiens. L’équivalent de 1,5 euro. L’équivalent aussi de 1⁄2 kg d’agneau ou d’une dizaine de baguettes de pain ou encore de cinq canettes de bière. C’est dire que l’automobiliste tunisien a mieux à faire avec les 2,5 dinars. Nous aussi d’ailleurs. Mais bon.

 

Le Saint-tropez de Hadrumète

 <o:p></o:p>

Enfin le gouvernorat de Sousse ! Le plus important, avant trompette et tourisme archéologique, est de trouver notre appartement que nous avons réservé depuis l’Algérie. Après deux bonnes heures d’errance et de sueur, nous finirons par trouver notre F2. Cuisine, salle de bain, eau chaude, téléviseur, frigo et un ventilateur (c’est déjà ça). Satisfaits de notre gîte estival, nous nous lâchons sur le lit et savourons notre ‘’victoire’’ pendant un bon quart d’heure.  

Bain, rafraîchissements, sortie. Sousse, la capitale du sahel tunisien est une ville portuaire.  Avant qu’elle ne soit assiégée par Oqba Ibn Nafaâ, en 670 et ne prenne le nom de Sousse, la ville était sous tutelle de Carthage et était connue sous le toponyme de Hadrim qui veut dire enclos. Passée sous l’autorité de Rome, elle devient Hadrumète.  La Tunisie actuelle a ‘’arabisé’’ le toponyme donné par Jules César. Hadrumète devient tout simplement et tout bêtement  “hadra mawt” qui littéralement veut dire  “l’ange de la mort” et crûment  et cruellement “qebbad lerwah” (le ‘’capteur’’ des âmes, si l’on traduit tout bêtement aussi). Sautons du coq à l’âne ! L’olivier a tout particulièrement retenu notre attention. Des oliveraies à n’en pas finir. Devant cette “omniprésence olivière”, nous nous sentons ridicules avec notre “zzit n leqbayel” que produisent les trois oliviers de Kabylie. Nous essayons tout de même de reprendre le dessus sur l’olivier de Sousse en nous disant que la qualité de notre huile est de loin meilleure. Cela est en plus vrai : nous avons goûté l’huile de Hadrumète. Il n’y a pas photo !

Repassons du coq à l’âne ! Pour notre première sortie touristique, nous avons opté pour le fameux Front de mer de Boudjafer, le Saint-Tropez maghrébin. D’abord et histoire de coller à la caricature d’un touriste B.C.B.G., nous allons déguster un café  sur l’une des  terrasses de la baie de Sousse. Avant même de nous asseoir, le garçon est là, tout souriant et sur le point de nous servir sa panoplie de bienvenues assaisonnée à toutes les langues. Dès qu’il nous entend parler kabyle, il (le garçon) perd son latin, son phénicien et son arabe.  “Ihuh ! C’est quoi cette langue ?”, devait s’interroger le descendant des Imazighen de la Numidie-Est. Le garçon de salle de Hadrumète ne pouvait pas savoir que le kabyle est la langue nationale de Kabylie. Il ne sait même pas ce qu’est la Kabylie ni, encore moins, ce que sont les ârchs et le MCB. A peine s’il entend vaguement parler de la JSK, surtout par les temps qui courent.

Nous finissons notre café touristique et nous allons longer le Front de mer et faire le plein de “bouhriture”. Suédois, Allemands, Anglais, Américains... toutes les nationalités sont sur le Front (sans jeu de mots). Mais toutes ces nationalités sont insignifiantes en nombre devant la “quantité industrielle” des ressortissants des états annabi, skikdi, guelmi, algérois... En se croirait aux Etats-Unis d’Algérie. C’était justement la petite fausse note qui nous donnait l’impression d’être toujours en Algérie. Mais cette impression allait disparaître, dès que nous nous sommes engagés sur le terrain du tourisme archéologique. Il faut dire que pierres, vestiges et tout ce qui date d’avant J-C (et même après) n’intéresse pas nos concitoyens désespérément adeptes de la trempette et son corollaire le “gabrage”. Cependant, l’Algérien, cette autre espèce de l’humanité, a marqué Sousse de son grain de sel. Sans lui, la ville ne serait en fait qu’une cité fade où des touristes mal bronzés jubileraient  devant un quelconque produit artisanal. L’homo-algérianus a pour ainsi dire apporté un petit quelque chose de débraillé qui donne beaucoup de charme et de vie à Hadrumète. Le raï étouffe tous les autres genres musicaux qui essayent timidement d’intéresser. De temps à autres nous reconnaissons un véhicule immatriculé à la “djamahiria el libiya”. Sans qu’ils ne soient immatriculés sur le front, les libyens aussi sont reconnaissables. Leurs têtes ressemblent à celle de leur commandeur en chef. Et ils sont les seuls à se fringuer en noir et blanc, comme dans les années 70.

Notre première sortie a été prospective. Après un dîner bien mérité et une balade nocturne sur la plage, nous rejoignons notre appartement aux environs de minuit. 

La grasse matinée dure au-delà de midi.  Bain,  café et sortie. Direction la plage. Celle où nous sommes allés est “la propriété” d’un palace. Il fallait donc payer le droit de trempette. Nous n’avons pas le choix n’étant pas équipés pour changer de plage. L’eau est bonne. Le soleil un peu trop fort à cette heure-ci de la journée. De temps à autres de jeunes Tunisiens proposent des chichis, des canettes de soda et même des fruits. L’état d’esprit serait plutôt favorable à quelques canettes de bières bien fraîches. Mais, il fallait y penser avant.

Source la depêche de kabylie