Tradition kabyle : Timechret, une fête ancestrale
Les fêtes de village apportent de la couleur et de la tonalité à un quotidien souvent morose. Les traditions ancestrales ressuscitent à l’occasion de ces festivités tout ce qui mobilise la joie qui anime les places publiques....
Tradition kabyle : Timechret, une fête ancestrale
Les fêtes de village apportent de la couleur et de la tonalité à un quotidien souvent morose. Les traditions ancestrales ressuscitent à l’occasion de ces festivités tout ce qui mobilise la joie qui anime les places publiques.
À Aït El Mansour, un village de la région d’Iferhounène, c’est la fête. Une initiative de l’association sociale Asam qui compte faire communier et vibrer ses concitoyens autour de son programme comprenant timechret, circoncision collective des enfants du village, récompenses aux lauréats du bac, du BEF et autres diplômes.
Un moment de reconnaissance qui réunit ce village durant trois jours et trois nuits. Timechret est une pratique très ancienne dans certains villages de Kabylie. Elle consiste dans le sacrifice de bestiaux dont l’on partage ensuite équitablement la viande entre les villageois. La viande constituée de petits tas que l’on appelle thakhamt. Elle est distribuée par foyer et par personne (rouh). Lors de cet événement, les petits étaient aux côtés des vieux et les pauvres côtoyaient les plus riches ; on se raconte des histoires, on explique le sens de cette pratique, on se sent plus proches les uns des autres.
De nombreux plats de la cuisine traditionnelle ont été remis à l’ordre du jour pour stimuler les papilles gustatives des participants et des invités. Diverses qualités de pain maison, aghroum, lemsemen, chfenj, des chorbas et autres préparations d’autrefois à base de légumes, de plantes, de pâte de semoule, d’orge, de maïs... Couscous, lait caillé, raisins secs, figues... tous les mets qui constituent la nourriture quotidienne du Kabyle. Une exposition de livres a été également programmée à l’initiative de la jeune Taous, nouvelle bachelière. De nombreux titres traitant de la condition de la femme, de ses défis et de ses combats pendant la Révolution et après l’indépendance nationale. Divers récits et témoignages sont ainsi recueillis, notamment ceux de l’écrivaine Germaine Laouste Chanteau, intitulés Kabylie, côté femme, la Vie féminine à Aït Hichem. Un autre ouvrage est proposé dans le même contexte, la Femme sous le voile face à la loi islamique.
Des livres que les jeunes filles du village s’empressent de consulter pour en expliquer le contenu à d’autres qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. A. B. Youcef, collectionneur d’objets anciens, a fait partager aux villageois son trésor de reliques sauvés de l’usure du temps. Des objets recueillis dans différentes localités de Kabylie, mais aussi d’ailleurs, de Skikda, de La Casbah d’Alger, d’Égypte, de Tunisie et même du Pakistan et de l’Iran. Tout un bric-à-brac qui stimule autant la curiosité que l’admiration. Outils et ustensiles en bois, en fer, en cuivre, gazelles empaillées, triangles, moulins, araire et autres préciosités datant des années de bronze.
Le troisième jour de festivités au village d’Aït El Mansour, est le jour J, celui de la circoncision collective des enfants. La veille, les autorités locales et des élus de l’APW ont été invités. Fort attendus, les Idbalen, orchestre traditionnel, ont fait une entrée fracassante à coup de tambour et au son de la zorna, une musique qui fait vibrer l’air de la foule.
Il devait être 22 heures quand la ghaïta et le bendir se firent entendre à la grande joie des enfants sous les youyous des femmes. On prépare la table pour le henné. Les petits se prêtent volontiers à cette opération dans la joie et les rires, les youyous et les chants d’autrefois.
Des bougies sont allumées pour égayer la cérémonie et des gâteaux distribués à la ronde. Da Amar, un vieux barde, déclame ses poèmes à tout vent pour accompagner “l’ourar l’henné” comme on l’appelle. L’assistance est ravie et exprime sa satisfaction par des applaudissements entrecoupés par les youyous. Les villageois veillent jusqu’au petit jour bercés par la musique et les chants des Idebalens. Le lendemain vers 8h30, les 15 enfants à circoncire arrivent dans leurs habits de cérémonie.
Ils sont conduits au centre de santé d’Iferhounène, à moins d’un kilomètre, accompagnés de leurs parents, de leurs proches et organisateurs de l’association. “Autrefois, la circoncision se faisait à la maison par un vieux patriarche le hémi qui faisait directement au ciseau sans anesthésie, ni autre. Les règles d’hygiène étaient toutes relatives à cause du manque de moyen. Aujourd’hui, c’est mieux et l’on est plus assuré, la médecine fait quelquefois des miracles...”, nous dira un gentil vieillard. “La prise en charge et le suivi des soins de ces enfants sont à notre charge”, nous dit Amar, trésorier de l’association. Le soir, la fête se ranime. On distribue des prix aux lauréats du bac, du BEF et autres diplômes sous les hourras.
La musique et les chansons du disque-jockey installent de nouveau une ambiance électrique. Un événement qui fera sûrement date dans les annales du village.