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Réglementation de l'Internet: le grand débat
- Par Admin Tifilkout.com
- Publié 08/18/2007
- Sciences et Tech
- Pas noté
Qui contrôle le "réseau des réseaux"? 
Qui contrôle Internet ? Qui gère ce qu'on appelle le "cyberespace"? Il est tentant de répondre: tout le monde et ... personne. Mais dans la réalité, une multitude de groupes essaient chacun de s'assurer un contrôle au moins partiel du grand "réseau de réseaux" .
Il existe déjà plusieurs organisations qui gèrent les multiples facettes d'Internet, mais l'une d'elles défraie la chronique depuis quelque temps. Il s'agit d' ICANN, l'organisme chargé d'allouer les noms de domaines (" .com, .co, .org ", etc ) dont nous nous servons quand nous sommes en ligne.
ICANN ( Internet Corporation for Assigned Names and Numbers ) est une organisation à but non lucratif, est aussi chargée de veiller au fonctionnement des "serveurs racines" qui assurent le fonctionnement régulier du grand réseau.
Il y a quelques années que le gouvernement américain a renoncé à assurer ces fonctions pour les confier à ICANN, mais aujourd'hui encore certains pays en développement accusent l'organisation d'être restée inféodée au département (ministère ) américain du commerce.
Sommet de Tunis
ICANN gère le système d'allocation des noms de domaines (DNS)
Mais peut-on vraiment dire que quelqu'un, ou une organisation, contrôle
effectivement les adresses dont nous nous servons en ligne ? En tout cas, certains se sentent quelque-peu exclus.
Richard Collins, auteur de nombreux ouvrages sur cette question de la gouvernance d'Internet, souligne en effet que certains pays se plaignent de ne pas avoir voix au chapître lorsqu'il s'agit de prendre certaines décisions cruciales.
"En ce moment, ce qui est important" estime-t-il "c'est la longue série de négociations en vue du Sommet mondial sur la société de l'information, qui aura lieu en novembre à Tunis. Je participe par exemple aux activités du Groupe de travail sur la gouvernance d'Internet à Genève. Lorsque je rencontre des délégués du monde entier, il est clair que de nombreux pays se sentent exclus".
Guy Kewney, journaliste britannique spécialisé dans les questions de technologie, est du même avis. Selon lui "quand on participe à ce genre de travaux, et qu'on voyage pour cela dans le monde, on s'aperçoit qu'un grand nombre de pays pauvres, qui ont moins d'influence dans les débats, se sentent exclus.Parfois, leurs budgets ne leur permettent même pas d'envoyer leurs délégués participer à plusieurs réunions consécutives".
Réformes ou non?
Quant aux décisions qui seront prises au sommet de Tunis, Richard Collins estime que les Etats Unis n'en tiendront sans doute aucun compte. "Ils sont en position de force" explique-t-il, "ils détiennent les serveurs racines, toute l'infrastructure qui se trouve au coeur du système des adresses Internet".
"D'un autre côté" rappelle Richard Collins, " on doit souligner que près de la moitié de tous les usagers d'Internet dans le monde sont aux Etats-Unis. La plupart des autres sont en Europe occidentale, au Japon, ou dans les régions voisines (développées) d'Asie".
Mais Guy Kewney ne pense pas que le système ait besoin d'être modifié ou remodelé. " Ce que dit Richard Collins" selon lui "c'est qu'il y a des éléments cruciaux de la machine qui fonctionnent bien, et sont bien entretenus. Mais il a raison de souligner que la machine n'a pas qu'un seul moteur. Le courrier électronique, par exemple, a des problèmes. Le système tout entier de logiciels espions (spyware) et de contrôles de ces logiciels n'est pas seulement en crise: il est en lambeaux".
Les "Télécoms"
Un réseau lui-même composé de réseaux a besoin d'une infrastructure matérielle - câbles en fibre optique, routeurs etc - qui permet aux ordinateurs de communiquer entre eux. Mais qui contrôle cet aspect matériel? Qui peut y avoir accès - et donc avoir accès à Internet - et à quel prix?
A la base, sur le terrain, les principaux acteurs sont les grandes entreprises de télécommunications qui financent la pose des câbles qui transmettent les données. Elles se font payer par les fournisseurs d'accès (FAI) pour la bande passante que ces compagnies utilisent.
Ce sont ces entreprises de télécommunications qui décident où elles investiront dans la pose de câbles à très haut débit - les "backbones" (littéralement: "épines dorsales"), des décisions qui affectent directement la rapidité de connection des usagers. Ces compagnies décident ausi, bien sûr, des prix de leurs services.
La fracture
Aux Etats Unis, en Asie, et dans la plupart des pays européens, la concurrence entre les fournisseurs d'accès est impitoyable, et des millions d'internautes en bénéficient sous forme d'accès à prix modeste, et de connections ultra-rapides.
Mais les investissements nécessaires ne seront pas consentis si le nombre des usagers n'est pas suffisant pour les rendre rentables. C'est le cas dans de nombreux pays d'Afrique, qui sont donc défavorisés. Mais Guy Kewney, qui reconnaît cette inégalité, estime que personne n'est vraiment coupable de la situation.
Pour lui "le problème est qu'un nombre important de pays en développement n'ont pratiquement pas de réseaux téléphoniques - or c'est autour de ces réseaux qu'Internet a été mis sur pied: fils de cuivre et câbles en fibre optique sous terre, relais micro-ondes...."
Guy Kewney poursuit: "je connais plusieurs villages où installer un ordinateur, un seul ordinateur, nécessiterait des équipements qu'ils n'ont pas. Ils n'ont pas l'électricité, par exemple, ou les moyens d'en produire".
Richard Collins désigne aussi du doigt le manque de concurrence. "La solution" selon lui "c'est la déréglementation des marchés, qui permettrait à des solutions nouvelles d'émerger".
Commercialisation
Pour être un des "joueurs", il faut maîtriser l'anglais
Enfin, Guy Kewney voit aussi une autre cause de cette exclusion: "c'est la langue anglaise". Il souligne en effet que "la plupart des programmes de contrôle d'Internet, par exemple, sont en anglais. Les messages d'erreur, par exemple, les commandes de base, tout ça, c'est écrit en anglais, et si vous ne maîtrisez pas cette langue, vous ne pouvez pas être un des joueurs, vous êtes forcé de rester là, en touche, à regarder les autres".
Un des plus importants changements dans l'évolution spectaculaire d'Internet est la façon dont le réseau, autrefois un outil utilisé par des universitaires, est maintenant dans le collimateur des grandes entreprises. Et on a pu assister depuis quelques années à la naissance de compagnies énormes, dont les noms sont aujourd'hui célèbres: Google, Yahoo, AOL, et bien d'autres.
Certaines de ces firmes contrôlent une partie vitale de notre activité en ligne. C'est le cas par exemple de Microsoft, qui produit le système d'exploitation Windows et le navigateur le plus utilisé au monde, Internet Explorer. Neuf internautes sur dix se servent de logiciels Microsoft. Et certains accusent Bill Gates, le PDG de Microsoft, de vouloir dominer Internet.
Pas de panique
Google peut nous dire "je sais qui où tu es'... 
Mais selon Richard Collins, " il n'y a pas lieu, à mon avis, de s'inquiéter outre mesure de l'influence de Microsoft, ni de News Corporation, ni d'Oracle... la liste ne s'arrête pas là. Oui, ces entreprises ont un pouvoir énorme, mais il n'y a pas de raision de paniquer. On a déjà vu intervenir très efficacement les organismes
chargés de veiller au respect des lois sur la concurrence, etc".
Pour Guy Kewney: "le problème est que ces entreprises ne visent pas à contrôler la surface de la route, mais plutôt à en faire une route à péage, prélevant des paiments de la part des usagers qui circulent dessus. Pour Microsoft, Oracle, Google et les autres, plus il y a de trafic sur Internet et plus ils en tireront de bénéfices. Ils ne vont donc pas vouloir s'ingérer dans la gestion de l'infrastructure".
"Ce que Google a compris" précise Guy Kewney, " c'est que cela n'a rien à voir avec les pubs à la télévision. Là, les annonceurs se fondent sur le nombre de spectateurs, et sur la proportion de ces spectateurs appartenant à tel ou tel groupe, pour viser justement ce groupe . Alors que Google peut dire à l'internaute " je sais ce que tu veux acheter aujourd'hui, parceque je connais tes habitudes, je détiens tous tes courriels, tes liens préférés etc. Je sais où tu es. Je sais même ce que tu as acheté en ligne. Et je sais qu'en ce moment précis, tu voudrais boire un thé".
"A ce moment là" ajoute Guy Kewney, "l'utilisateur verra apparaître un lien en haut de son navigateur, avec la mention: "aimeriez-vous boire un thé? "
Il n'y a pas de mal à cela, selon Guy Kewney. Richard Collins est d'accord: "ce genre de choses peut se voir comme un service proposé à l'utilisateur. C'est pratique, ça facilite la vie".
"A condition toutefois" ajoute Richard Collins, "que les gens sachent ce qui se passe, que ce genre d'opération se fait ouvertement, et que l'internaute est correctement informé. Si tel est le cas, il n'y a pas de problème".