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Revue de presse - La francophonie, "l’amazighité, l’arabisation" et nous
- Par Admin Tifilkout.com
- Publié 08/14/2007
- A.amazighité et kabylité
- Pas noté
L’Algérie sera représentée à la réunion prochaine de l’Organisation internationale de la francophonie avec le statut d’“invitée spéciale”. Impossible de saisir le contenu de cette distinction statutaire. Mais elle semble refléter la réalité contradictoire de notre rapport à la francophonie.
Notre attitude trouve son origine dans le réflexe antithétique cultivé par un large pan du mouvement national : à l’Algérie française prônée par les colonialistes, il fallait opposer l’Algérie arabe des patriotes. Pourquoi pas l’Algérie algérienne ? Eh bien, c’est probablement parce que la formule supposait une identité encore ouverte et consensuelle, et donc un débat post-indépendance, une démocratie, alors que les forces qui devaient contrôler l’État algérien et qui s’y étaient préparées, en pleine guerre de libération, ne pouvaient souffrir de voir que des perspectives autres que les leurs resteraient possibles pour le lendemain de l’Indépendance.
Le modèle arabe était là, sûr et ne pouvait prêter à débat : la décolonisation, c’est la défrancisation, c’est l’arabisation. Par transitivité, l’arabe est devenu la langue idéologique du pays.
La langue, repère culturel de la société, prend le statut de “constante”, avec cette connotation de permanence, d’unicité et d’incontestabilité que le terme suppose.
Cette constante nous définit comme nation autonome, mais aussi comme membre d’une large communauté fraternelle. Toute remise en cause et toute concurrence sont donc interdites envers ce qui nous désigne comme entité et ce qui nous rattache à une communauté culturelle plus large : notre langue.
Du coup, la problématique identitaire, définitivement résolue, règle un vieux problème posé par les adeptes d’une identité autocentrée, et liquide, sous prétexte de défrancisation : la revendication amazigh autochtone. L’invention de “hizb frança” servait justement cette stratégie d’amalgame : on est arabisant, donc nationaliste, mais si on est francisant, on peut être francophile. Pour être précis quant à l’intolérance de toute autre langue, fut-elle algérienne comme le berbère, le processus d’arabisation fut officiellement baptisé “généralisation de la langue arabe”.
La locution francophone est, dans le discours politique sectaire du baâthiste au pouvoir, ce que la séropositivité est au sida : il faut en permanence prouver qu’on n’est pas malade de la francophilie.
L’arabisation supposée purifier la société de l’impureté culturelle – voire mentale — coloniale se transforme en entreprise de réhabilitation nationale. Elle fut menée comme une opération politique et fit connaître aux Algériens les épreuves que connurent les sujets des “révolutions culturelles” : traduction de principe de documents élaborés en langue étrangère, contorsions télévisées de personnes, préjugés envers les francisants intégraux dans le recrutement et la promotion, favoritisme envers les secteurs arabisés. Mais le forcing idéologique, justement parce qu’il n’était qu’idéologique, n’a pas permis à la langue arabe de supplanter, et dans bien des domaines, le français.
L’Algérie est restée le second pays francophone, par le nombre de locuteurs (évalué à seize millions) après la France. Ce qui en fait une invitée… spéciale.
Source Liberté Algérie Par : Mustapha Hammouche - Titre original : La francophonie et nous