- Accueil
- Litérature
- « Da Vinci Code » de Dan Brown - Etre contesté pour être constaté !
« Da Vinci Code » de Dan Brown - Etre contesté pour être constaté !
- Par Sarah HAIDAR
- Publié 08/11/2007
- Litérature
- Pas noté
Jésus aurait-il une descendance ? Voilà la question que le lecteur de ce livre finit par se poser. Et encore, un lecteur qui a peu d’esprit critique. Quant aux autres, les férus de la controverse et les éternels amoureux de la contre-histoire, ils ne mettront certainement pas deux secondes pour accréditer la théorie de Dan Brown.
L’auteur s’est profondément documenté sur la question, allant parfois jusqu’à lier tous les ouvrages et films historiques à cette « vérité » sans oublier les différents phénomènes de la nature qui rendent hommage secrètement au « Féminin Sacré ». Jésus aurait été follement amoureux de Marie-Madeleine, l’aurait épousée et, attention !, l’aurait fécondée aussi !
Le fils de Dieu serait donc un simple humain, ayant des penchants et des faibles comme tous les mortels et n’a donc rien à voir avec l’image parfaite et inhumaine que lui ont tracé l’islam et le christianisme. Le fait d’aimer une femme, de l’épouser et de la féconder, le délivre finalement du totem parfait dont il était jusque là connu. Jésus n’est pas un Dieu mais un simple mortel. Jésus a laissé une descendance, que le Vatican le veuille ou pas !
Après cet amas de révélations fondées sur des preuves plus ou moins crédibles, on ne peut résister à la tentation de se demander si Dan Brown avait écrit cet ouvrage pour révéler une vérité ou bien seulement pour que son livre, étant subversif, provoque un ouragan dans les milieux littéraires et au cœur de la religion officielle et qu’il soit, par la présence de ces deux éléments indispensables au succès, le best seller de l’année, voire même du siècle ! Cette dernière hypothèse est évidemment plausible et cela nous conduira certainement, nous les lecteurs, à nous poser cette question cruciale : « Est ce que Dan Brown, lui-même, est convaincu de ce qu’il a écrit ? ».
Loin du contenu de ce roman, on peut observer aussi que l’obsession esthétique propre à tout artiste est pratiquement bannie de ce texte.
La raison en est claire : quand on écrit 500 pages pour essayer de passer un message aussi immense, le style et la beauté du texte importent peu. Il s’agit seulement de passer le plus grand nombre d’informations et d’exposer le maximum de culture générale et religieuse avec un langage des plus simples ! On ne reprocherait pas cette lacune à Dan Brown si son livre était un polar (même si San Antonio ne peut s’empêcher d’esthétiser ses romans policiers) mais, sans égard à la mention écrite sous le titre : « roman », on trouve une certaine difficulté à situer le texte dans un genre littéraire quelconque. S’il s’agissait d’un roman, on dirait que l’intérêt devant être porté au style et à l’esthétique est inexistant, donc pour être un roman, ce texte ne remplit pas toutes les conditions. Si, par contre, il s’agissait d’un polar, on remarquerait vite que la structure et le chapitrage du livre n’est pas conforme à la conception du roman policier, donc ce n’est pas un polar non plus !
Qu’est ce donc ? Un texte hybride tout simplement ! Il semble que Dan Brown, tout au long de l’écriture de « Da Vinci Code » et même à la fin, hésitait toujours à classer son œuvre dans l’un ou l’autre des genres littéraires. Mais il a fini probablement par se dire : « Bah ! Le contenu seul suffit pour faire un tapage ! Pourquoi m’inquiéter du style ou du genre littéraire ? ». Bonne résolution ! Mais seulement si l’on parlait d’un homme d’affaires machiavélique ou d’un professeur soucieux de faire son cours sans trop d’esthétique ! Mais s’agissant d’un écrivain, cela dénoterait d’une mauvaise foi flagrante et d’une soif peu catholique et, surtout, peu « artiste » de faire un tapage, sans plus !
Ceci dit, on conclut facilement que le succès qu’a empoché « Da Vinci Code » est dû seulement à l’insolite du contenu. Tout écrivaillon aurait pu se documenter et écrire 500 pages pour dire : « Jésus a une descendance »… L’ouvrage littéraire, par contre, puise sa valeur et sa crédibilité de la difficulté du travail, de l’état de torture et de souffrance qui l’engendre, du souci obsessionnel de faire, d’abord, du « beau » travail avant de vouloir faire du « bon » travail !
Best seller ou pas, Da Vinci Code est finalement un triomphe sans gloire !