La voiture piégée qui a réussi à mettre l’imposant Palais du Gouvernement à sang et à feu n’est que le premier messager d’une nouvelle ère d’un terrorisme « novateur » qui, cette fois, intelligent et précis, sait très bien quand, comment et où frapper.

Le 11 avril passé a remarquablement marqué le début d’un nouveau processus de violence, signé Al Qaida et mis à exécution par de jeunes Algériens, admirablement hypnotisés et manipulés par cette faucheuse de vies, semeuse de mort.

Il ne s’agit plus, hélas, d’un « Ben Laden » voulant défier les Américains et ressusciter la fierté Arabe ni d’un « Abou Moussaâb A’zarkaoui » semant la panique et la peur dans les rangs des soldats Américains en Irak. C’est plutôt un nouveau règne qui étend ses ombres noires sur notre pays, peu importe son nom et ses grosses têtes ; GSPC, Qaida ou tout autre « Evangile du mal », le fait est là : Alger renoue avec la terreur !

Sur les lieux de l’attentat, au milieu de cette cohue de gendarmes, de gens affolés, de blessés et de morts, l’idée la plus impérieuse qui vient frôler notre esprit est peut être celle de ne plus reconnaître l’origine du mal. Cette ignorance et cet égarement nous renvoient fatalement à des considérations restreintes, dites Humanistes : savoir tout d’un coup que l’on peut d’un moment à un autre perdre une jambe, un œil, un proche ou carrément la vie en passant par pur hasard (par pur absurde) devant l’une ou l’autre des prochaines cibles. Penser intensément aux derniers moments, aux dernières pensées de celui qui vient de se carboniser dans cette voiture piégée en croyant accomplir son ultime saut au Paradis Promis. Se demander aussi si cet homme ou, peut être, ses supérieurs, prennent parfois le temps de revoir tout ce qu’ils font, de se faire une petite autocritique et de reconnaître, du moins secrètement, que le Salut de leurs âmes leur sera à jamais inaccessible (parce qu’il n’y a plus d’âmes !)… Tout cela serait fort intéressant si l’on parlait d’un écrivain humaniste étranger, passant par Alger et s’inspirant de ces évènements pour écrire une épopée romanesque…  

Mais, vivant à Alger, sentant constamment ce vicieux danger qui plane sur la ville et sème dans nos jours la peur et l’éternel état d’éveil ôtant à la vie ses couleurs, son goût et sa beauté… ? L’image de la mort s’est encrée ce jour-là dans l’âme de la ville, telle une blessure séculaire qui se remet à saigner, tel un cancer qui rebondit après une longue et éprouvante chimiothérapie pour crier triomphalement : « Je suis toujours là ! Vous ne m’avez pas eu ! »… Alger se voit encore une fois déflorée par les mains velues et brutales des marchands de la terreur. Le sang coule de tous ses orifices et se propage dans ses veines emportant au passage la blancheur des bâtisses, l’éclat des fleurs et l’hilarité des saisons. Le son strident des bombes et des cris de douleur se répercute en un écho sans fin dans les rues et les souvenirs de la ville pour enfin détruire la joyeuse symphonie de ses battements.

L’Histoire, quant à elle, demande des comptes aux dirigeants, aux prophètes de la concorde et de la réconciliation à qui elle avait donné carte blanche d’inscrire leurs noms sur son front fiévreux et en contre partie, prouver que ce n’était pas pour rien. Il se trouve maintenant que tous nos projets, tous nos vœux de changement et toutes nos idées avortent machinalement dès qu’un soupçon de réussite se montre à l’horizon. On pourrait appeler ça : « malédiction » mais, hélas, c’est plus palpable que ça ! Ou alors, s’il s’agit d’une malédiction, ce serait la notre ; celle que l’on s’entre inflige depuis des siècles, celle qui nous empêche de sourire aux autres, de dire bonjour aux inconnus que l’on croise dans la rue, de céder le pas à une femme sur le trottoir, de fermer les yeux sur les petites imprudences de nos camarades de route…. Une malédiction qui n’a rien de métaphysique. Une promesse que l’Algérie s’est faite de ne jamais éclore parmi les fleurs de la Méditerranée, d’ouvrir ses jambes et son âme aux phallus et griffes d’assaillants aussi féroces que pervers.

L’ambiguïté étant toujours reine chez-nous, Alger ne sait plus qui sont ses violeurs ni ce qu’ils veulent. Alger sait seulement subir, se taire et se renfermer sur ses blessures…

Quant aux Algériens, à défaut de comprendre, ils s’en vont rejoindre l’une ou l’autre des idéologies régnantes, des politiques changeantes et des religions stériles et impuissantes…