« Ne restent dans l’oued que ses galets », c’est le titre du dernier film du réalisateur algérien Jean Pierre Lledo. Un film qui traite du problème des pieds-noirs dans l’Algérie Indépendante. Le réalisateur tente de soulever la question épineuse de la fraternité et du droit d’existence et de réintégration des pieds-noirs et des « Kaid »...
« Ne restent dans l’oued que ses galets », c’est le titre du dernier film du réalisateur algérien Jean Pierre Lledo. Un film qui traite du problème des pieds-noirs dans l’Algérie Indépendante. Le réalisateur tente de soulever la question épineuse de la fraternité et du droit d’existence et de réintégration des pieds-noirs et des « Kaid ».
Un sujet considéré chez nous comme tabou puisqu’il révise et tente de corriger quelques idées reçues inculquées par la culture post-indépendante ; des idées et des jugements sacrés et intouchables dans lesquels les pieds-noirs et les traîtres sont des individus sans statut, sans identité, sans appartenance sinon celle de leur pays natal avec lequel nous avons, parait-il, toujours des comptes à demander !
La projection privée du film et les demandes grotesques du ministère de la culture nous en disent long sur la crise de la culture algérienne qui stagne depuis des dizaines d’années dans une même vue figée aussi bien sur l’Histoire du pays que sur ses autres fondements culturels. Les créateurs désireux de propulser cette culture déguisée et sélective aux lointains horizons de la liberté et du progrès subissent un sort des plus démotivants. La censure demeure l’un des outils favoris du ministère de la culture pour mutiler ces langues venues dire une autre vérité que celle labellisée par l’Etat et pour soustraire au silence toute voix différente qui chante autre chose que l’hymne national !
Jean Pierre Lledo suggère « la démystification de l’histoire de libération nationale ». Car c’est cette même Histoire qui fait la fierté des naïfs et des esprits encore assez crédules pour croire aux enseignements des manuels d’Histoire. C’est cette même Histoire qui impose ce qui devrait être dit et ce qui ne devrait, ne serait ce qu’être pensé, même si c’est la vérité. « Ne restent dans l’oued que ses galets » ose mettre au grand jour le fameux non-dit de l’Histoire. En conséquence, le ministère de la culture ne peut faillir à son rôle ancestral de gardien du temple. Ce temple dont ne subsistent que les tombes et les épitaphes d’un passé révolu. Ce passé qui s’acharne à hanter le présent et à détruire l’avenir. Le réalisateur veut revisiter le temple, déterrer et interroger les morts. Il veut aussi donner au présent son droit à la parole et au futur son droit à l’existence.
Ces quatre pieds-noirs revenus sur la terre d’Algérie pour évoquer des souvenirs peu conformes à l’Histoire officielle sont la personnification de ce regard humain et critique porté sur la guerre de libération, ses zones d’ombre, ses « crimes de guerre » et ses cruautés.
L’art étant un rebelle sensé démystifier les blocs et les acquis de l’Histoire, de la religion et de la société, il demeurera banni en Algérie tant que la censure fait ses prouesses contre tout ce qui contrarie l’utopie mensongère et dramatiquement dérisoire de la culture officielle.
Mme. La Ministre n’étant que le porte parole des décideurs censés être exclus de la vie intellectuelle, ne peut que commencer dès maintenant à se lamenter sur le sort de sa « Alger Capitale de la culture arabe » qui, avant même l’extinction des feux, crie famine et déclare faillite !