« Médecins du monde » a mis en place, en partenariat avec des intervenants locaux, un programme de prévention et de prise en charge des femmes et des enfants victimes de violence.

Selon « Médecins du monde », les violences faites aux femmes sont largement sous-déclarées en Algérie. Les statistiques, qui ne prennent pas compte du viol conjugal, révèlent que 50% des violences ont lieu dans le domicile de la victime. Les violences d’ordre physique sont les seules à être prises en compte au niveau des instituions concernées. Quant aux violences psychologiques, elles n’attirent pas autant d’intérêt, quand elles sont déclarées seules. Pourtant, 1/3 des femmes déclarent des symptômes psychiques (anxiété, dépressions…). Les violences sexuelles, qui représentent 10% des violences, sont nettement plus sous-déclarées. 4 sur 5 des cas déclarés sont des femmes célibataires.

La difficulté qu’ont ces femmes de s’exprimer, d’avouer leur parti pris ou de reconnaître leur consentement ajouté à la prise en charge insuffisante font que le problème subsiste et ne manque pas de prendre des proportions dangereuses, de jour en jour.

Il faut aussi souligner que dans une société comme la nôtre, on a souvent tendance à culpabiliser systématiquement les femmes en raison de l’héritage social et religieux qui fait que la femme soit toujours fautive et que l’Homme ait toujours ses raisons d’agir d’une manière violente.

« Médecins du monde » décide donc de lancer une nouvelle tentative pour atténuer les conséquences sociales et psychologiques des violences commises contre les femmes et ce, en créant une deuxième ligne téléphonique anonyme et gratuite et en améliorant le service d’écoute qui se trouve, jusque là, saturé en raison du nombre d’appels. MdM propose aussi aux équipes d’écoutants des lignes existantes et nouvellement créées des formations à l’écoute, à la prise en charge socio-juridique et à l’orientation.

En outre, le programme tient aussi à sensibiliser tous les intervenants pouvant être confrontés à cette problématique : personnels médicaux, policiers, magistrats…etc. Car ceux-ci sont souvent peu enclins à intervenir sur des problèmes considérés comme relevant de la sphère privée et méconnaissent, de ce fait, les procédures à suivre. D’où la nécessité de leur proposer des activités de sensibilisation à l’écoute et à l’accueil de ce genre de plaintes, ainsi qu’à l’orientation vers des structures adéquates.

Notons enfin que ce programme fait partie du programme national contre la violence à l’égard des femmes lancé par le gouvernement depuis quelques années. L’objectif est donc d’inviter les autorités à s’impliquer davantage dans la prise en charge des victimes de violences et l’amélioration des dispositions juridiques. En effet, l’accueil des victimes est souvent déplorable en raison de la culpabilisation systématique des victimes. Les femmes célibataires ou répudiées, même accompagnées de leurs enfants, n’ont pas d’accès prioritaires aux logements sociaux.

Cette tentative (car cela ne pourra être nommé que tentative en attendant les résultats) aura peut être un certain pourcentage de chances d’améliorer la situation des femmes victimes de violences, de leur offrir un minimum de garantie et une certaine espérance de survie dans une société sexiste et déclarée, implicitement ou explicitement, ennemi farouche de la femme ; qu’elle soit fautive ou non !