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L’art et la religion - L’inévitable rupture
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Par Sarah HAIDAR
Publié le 08/11/2007
 

Depuis toujours, l’Homme s’avoua incapable de vivre sans religion (ou quelque chose qui en a l’air). Et depuis toujours, il découvrit cette étrange part de lui qui, en proie à un élan extraordinaire, restitue la réalité dans un univers de beauté transcendantale nommé : l’Art.
Cependant, la religion, étant une sorte de convention commune au sein d’une société, est un phénomène assez stable et, pour ainsi dire, stagnant ! L’art, quant à lui, étant un don individuel, est changeant, libre et fatalement rebelle. ...


L’art et la religion - L’inévitable rupture

Depuis toujours, l’Homme s’avoua incapable de vivre sans religion (ou quelque chose qui en a l’air). Et depuis toujours, il découvrit cette étrange part de lui qui, en proie à un élan extraordinaire, restitue la réalité dans un univers de beauté transcendantale nommé : l’Art.

Cependant, la religion, étant une sorte de convention commune au sein d’une société, est un phénomène assez stable et, pour ainsi dire, stagnant ! L’art, quant à lui, étant un don individuel, est changeant, libre et fatalement rebelle. 

La rencontre des deux ne saura donc être qu’un conflit !

L’Histoire des religions a connu d’innombrables artistes qui ont consacré leurs talents à célébrer Dieu, ses prophètes et les messages dont ils ont été chargé de transmettre.
Ibn Arabi, Rabia Al Adawïa, Hassan Ibn Thabit (le poète du prophète Mahomet), Saint Augustin, Khalil Gibran et autres, étaient des écrivains, philosophes et poètes dont la capacité du verbe est indéniable.

Mais si l’on prenait, par exemple, l’œuvre de Hassan Ibn Thabit, on constaterait aisément que la qualité de ses vers s’est considérablement détériorée après son adhésion à l’Islam. Pourquoi ? C’est très simple : L’essence de l’art, de la poésie surtout, est la liberté sans laquelle il deviendrait un simple moyen de répondre à des nécessités circonstancielles. Quand le ver d’un poète se trouve bridé par des conditions et des interdits, et mis en garde quant à la violation de certaines lignes rouges (oh ! combien abondantes en Islam !), il est inévitable qu’il perde son éclat original et son effet magique. La source de l’art étant indiscutablement un élan de folie et de détachement.

Par contre, on admire chez Ibn Arabi la beauté du verbe et la hauteur des idées qui transcendent le fade corpus philosophique musulman pour atteindre le sommet du talent littéraire. La raison en est simple : ce grand penseur dépassa les préceptes limités de la religion, conçue comme une manifestation partielle du Divin et non comme le Divin en sa totalité, et parvînt à élever son esprit et sa plume vers Dieu et l’Absolu. L’universalité de sa foi le libéra de toutes les chaînes transformant l’art en un hybride entre le talent pur et les acquis sociaux et le transporta vers l’idée suprême de l’Amour Divin. Cet amour tellement vaste et libre qu’il ne peut qu’accoucher d’une œuvre riche et vivante.

Il en va de même pour Omar Al Khayam qui était un soufi à sa manière et qui, dans sa philosophie de jouissance et de beauté, ne faisait que se rapprocher d’avantage de l’Eternel appréhendé, non comme un Puissant Rôtisseur mais comme un Artiste, un Esthète !

Naturellement, ces deux grandes figures de la littérature Arabe et beaucoup d’autres ont été persécutés par leurs contemporains et considérés arbitrairement comme des hérétiques !

Aborder Dieu comme étant un Etre plein de beauté et d’amour est un sacrilège ! Que dira-t-on, alors, des artistes athées ou laïcs ? Dans la société musulmane, ces gens-là sont considérés, dans la plupart des cas, comme des ennemis de l’Humanité et, évidemment, de Dieu ! ! Le premier recours pour étouffer ces « voix sataniques » est, naturellement, la censure. Le plus célèbre exemple est le roman de Naguib Mahfouz « Les Fils de la Médina » qui a provoqué à sa sortie la colère des autorités musulmanes et lui vaudra une haine farouche de la frange islamiste, sous les coups de laquelle il manque de succomber, en 1994, dans un attentat. Al Azhar entreprit donc d’interdire un deuxième tirage du roman en prenant soin, bien sûr, de traiter cet illustre écrivain de tous les noms d’usage : hérétique, ennemi de Dieu, imposteur…etc.

L’Histoire littéraire, non seulement du Monde Arabe, mais partout dans le monde, est chargée de noms d’artistes libres et talentueux que le fanatisme religieux a failli détruire si ce n’est le triste refuge de l’Exil…

La religion, représentée ici-bas, soit par des troupes d’hypocrites et de frustrés, soit par des organismes fanatiques, est pour l’art ce qu’est la cage pour un oiseau sauvage. Les deux concepts étant irréconciliables sur tous les plans, cette feinte et impossible cohabitation, que certains « artistes » simulent dans leurs œuvres, mènera fatalement à  une lente régression de la qualité artistique puisque l’élément essentiel qu’est la liberté fut supprimé par les exigences religieuses.

Et en résulte naturellement le manque total d’authenticité et d’évasion sans lesquelles l’œuvre ne sera qu’un corps inerte dont le cœur a cessé de battre.