La dialectique traditionnelle qui affirme que l’art aspire à trouver la vérité se retrouve dépassée par d’autres perspectives s’éloignant de plus en plus de cette idée première.
Outre le mouvement « l’art pour l’art » ou le « dadaïsme », d’innombrables artistes se sont promis de libérer l’art de tout attachement aux valeurs préconçues et de toute sorte d’idéaux, aussi hauts soient-ils ; la vérité entre autres !....
La dialectique traditionnelle qui affirme que l’art aspire à trouver la vérité se retrouve dépassée par d’autres perspectives s’éloignant de plus en plus de cette idée première.
Outre le mouvement « l’art pour l’art » ou le « dadaïsme », d’innombrables artistes se sont promis de libérer l’art de tout attachement aux valeurs préconçues et de toute sorte d’idéaux, aussi hauts soient-ils ; la vérité entre autres !
En fait, dès qu’une activité se fixe un objectif quelconque, qu’on le veuille ou pas, elle sera fatalement conditionnée, bridée par quantité de principes et de règles à respecter pour que ledit objectif soit atteint.
La quête de vérité, quant à elle, est plus ou moins libre puisque l’objet recherché est pour les uns relatif, pour les autres inaccessible ! Pour les premiers, il est inutile de les contester car, effectivement, n’en déplaise aux idéalistes, la vérité est relative ! Pour la seconde catégorie, ceux qui « attendent Godot » avec une conviction inébranlable qu’il ne se manifestera jamais, ceux qui usent de tout leur arsenal artistique pour s’engouffrer dans une recherche semblable à celle de vouloir attraper la ligne d’horizon tout en sachant que la terre est bel et bien ronde, ceux qui se carrent dans un cercle vicieux assez vaste pour s’y perdre, ont certes contribué à enrichir l’Histoire de l’Art et de l’Humanité en donnant cet aspect spirituel, onirique au combat artistique mais ils ont, en parallèle, emprisonné l’art -sensé être libre- dans une ligne droite partant du point A. au point B. Même si ce « point B. » a tendance à se faufiler si ce n’est par sa nature mercurielle, sinon par la complicité, pas tout à fait catholique, de l’artiste dont l’œuvre, paraît-il, ne pourra se passer de cette quête pour survivre ! Cette exactitude quasi-mathématique est -cela va sans dire- un blasphème à l’encontre de l’art qui est, par son essence et sa structure, l’antithèse des sciences exactes !
Pourquoi donc faire de l’art ? Cette question est malheureusement très courante comme s’il s’agissait d’un crime qu’il faut élucider ! Il est inutile de palabrer sur l’interminable débat entre l’art et le rationalisme. Mais disons-le une bonne fois pour toutes : les rapports de causalité qu’Aristote a eu la gentillesse de nous imposer deviennent sans importance et, pour ainsi dire, grotesques quand on parle de l’art ! Le pourquoi et le comment n’ont rien à faire là-dedans ! Faire de l’art est une finalité en soi. Point n’est nécessaire de livrer un combat à ceux qui veulent le situer dans une quelconque sphère logique. A quoi bon sombrer avec eux dans une polémique stérile puisqu’ils croient dur comme fer que 1+1=2 alors qu’un artiste est sensé oublier cette règle et va souvent jusqu’à la démentir ! Oui, il arrive parfois qu’une œuvre artistique prouve que 1+1=0 ou l’infini ! Il n’y a qu’à lire Henri Michaux ou méditer sur les peintures de Dali !
Ceci dit, chercher la vérité, Dieu, le bonheur ou tout autre « point B. » n’est que l’expression du coté soumis, conformiste et « communautaire » de l’artiste.
Ce n’est pas pour condamner certaines œuvres et en sublimer d’autres mais simplement pour libérer le concept de l’art de toutes les définitions et les fixations le transformant en une activité aussi banale que celle de monter une entreprise commerciale ou un parti politique !
La vérité est incontestablement le plus beau et le plus pur de nos rêves. Nous l’aimons parce que nous ne l’avons pas encore vue, pas encore touchée... Dire qu’elle est relative ne diminue en aucune sorte de sa valeur puisque chacun, croyant posséder sa propre vérité, en redemandera d’autres ; assoiffés que nous sommes de l’Absolu et du Parfait… Prétendre aussi qu’elle nous est inaccessible renvoie fatalement à l’image d’une île enchantée que les religieux croient retrouver dans l’au-delà (laissons-les toujours rêver !) et que les idéalistes et beaucoup d’artistes se contentent d’aimer « platoniquement » sans espérer la retrouver un jour… !
Oui, tout ça est certainement beau ! Mais la part d’illusion et d’auto fiction qu’on discerne dans ces approches ne saura et ne devra jamais constituer la raison d’être de l’art…
Les alternatives ? Il n’y en a point ! Un artiste est un Dieu qui n’a de comptes à rendre qu’à lui-même. Un artiste est, avant tout, un être abstrait délivré des lois de la pesanteur et du despotisme de la logique. Un artiste est un meneur d’émeutes contre tout ce qui est établi, usé, rongé par le temps et le mensonge.
La vérité finira un jour par s’estomper devant l’avalanche de l’évolution scientifique et l’épidémie de la peste rationaliste. Le bonheur se réduira à la satisfaction de quelques besoins anodins de l’Homme. Dieu en aura, probablement, assez des débats infantiles entre athées et croyants et leur démontrera à tous qu’Il n’est pas aussi compliqué que ça… !
L’art, lui, survivra toujours. Son cycle de vie est une histoire continue, ininterrompue, éternelle qui, telle une plante immortelle, se nourrira de son propre sang et se multipliera, tel un animal hermaphrodite, sans avoir besoin de créatures externes !
On a fabriqué un mariage de raison (qui n’a rien de raisonnable puisqu’il est basé sur des distances infranchissables !) entre l’art et la vérité. Et ces deux-là ont pris conscience de son incohérence mais, vu le nombre d’enfants qui naquirent de cette union, ils décidèrent d’éviter le divorce et de recourir à l’échangisme !
Depuis, la vérité trouve toujours des amoureux prêts à sacrifier leurs vies pour ses beaux yeux, sous le regard amusé de l’art qui, lui, a préféré la solitude !